
🌾🍇🐄 Eat’s business on the beach 🍕🍷🧀 2023-1
Bonjour à toutes et à tous, dans ce nouveau numéro de la newsletter Eat’s business vous trouverez quelques articles sur le monde de l’alimentaire qui m’ont semblé intéressants dans la semaine précédente.
Pour ceux qui veulent la formule ristretto, les 3 articles que je vous conseille de lire en priorité cette semaine sont :
- Le Figaro, Carrefour rachète Cora et Match pour rattraper E.Leclerc, 12/07/2023
- Les Échos, Le plan des industriels pour relancer la sauce tomate à la française, 04/07/2023
- Foodbev, Gipsy Hill creates offset-free carbon negative beer, 10/07/2023
Bonne lecture et bonne semaine à toutes et à tous!
Pour celles et ceux d’entre vous qui ont plus de temps pour la formule lungo :


Le Figaro, Carrefour rachète Cora et Match pour rattraper E.Leclerc, 12/07/2023
Alors que l’on parle depuis des mois des déboires de Casino voilà un deal qui rebat encore un peu plus les cartes de la grande distribution en France.
Le groupe Carrefour vient en effet d’annoncer son intention d’acquérir les enseignes Cora et Match du distributeur belge Louis Delhaize pour un montant de 1,05 milliard d’euros. Cette acquisition représente la plus importante pour Carrefour en France depuis la fusion avec Promodès en 1999. Elle permettra à Carrefour de se positionner à égalité avec son principal rival, E.Leclerc, qui lui avait pris la première place sur le marché français en 2017. Au total, les enseignes Cora et Match représentent 60 hypermarchés et 115 supermarchés en France pour un chiffre d’affaires de 4,3 milliards d’euros en 2022.
Cette opération permet également à Carrefour de maintenir à distance le groupe Les Mousquetaires, dont l’enseigne Intermarché est en train de racheter plus de 100 magasins Casino. De nombreux observateurs spéculaient sur un éventuel intérêt de Carrefour pour certains actifs de Casino, notamment Monoprix. Cependant, Carrefour a opté pour l’acquisition de Cora et Match, ce qui lui permet de renforcer sa présence dans le Nord et l’Est de la France.
Alexandre Bompard, PDG de Carrefour, voit cette acquisition comme une opération stratégique et transformante, permettant de rester réactif dans un marché en consolidation où les actifs de qualité sont rares. Il met en avant la résilience de l’enseigne Cora malgré sa taille modeste et souligne l’importance de privilégier les rachats de groupes dans des situations saines.
La question du maintien des enseignes Cora et Match n’a pas encore été tranchée. La finalisation de l’opération est prévue d’ici un an.

Le Monde, Les moissons céréalières s’annoncent plantureuses en France, 06/07/2023
Selon les estimations de l’interprofession céréalière française, la production de blé pour la campagne 2023 en France devrait atteindre 35,25 millions de tonnes, avec un rendement de 75 quintaux par hectare, en hausse de 5 % par rapport à la moyenne des dix dernières années. Les surfaces cultivées ont également augmenté de 1,8 %, atteignant 4,7 millions d’hectares. La récolte d’orge devrait quant à elle atteindre 9,1 millions de tonnes, en hausse de 4,4 % par rapport à 2022.
Les moissons céréalières s’annoncent donc prometteuses en France cette année. Cependant, les agriculteurs restent prudents et attendent la fin de la récolte avant de se réjouir, conscients des aléas météorologiques qui pourraient compromettre leurs espoirs. Malgré quelques hétérogénéités entre les parcelles, les agriculteurs se montrent généralement satisfaits du rendement et de la qualité des cultures.
Les températures élevées et les orages de juin ont légèrement affecté le potentiel des cultures de blé, mais à la fin du mois, la qualité de 80 % des cultures était considérée comme bonne, voire très bonne. Les agriculteurs espèrent donc une bonne année, bien que le calendrier des moissons ait été perturbé par les conditions météorologiques.
En ce qui concerne les prix des céréales, le blé français reste moins compétitif que le blé russe en raison de l’offre abondante de ce dernier. L’évolution des prix dépendra également de facteurs tels que la météo et la situation géopolitique, notamment l’accord céréalier entre l’Ukraine et la Russie, qui arrive à échéance et pourrait influencer les exportations de céréales.
Malgré le recul des prix par rapport à leur niveau record de l’année précédente, les agriculteurs soulignent que les prix actuels ne couvrent pas les coûts de production, notamment en raison de l’augmentation des prix des engrais en 2022. Cependant, grâce aux bénéfices réalisés l’année précédente, les agriculteurs abordent la nouvelle campagne avec une relative sérénité, ayant pu reconstituer leurs trésoreries.

L’Usine Nouvelle, La viande de synthèse s’invite au menu d’un restaurant aux Etats-Unis, le début d’une nouvelle ère ?, 07/07/2023
La croquette de poulet de synthèse de chez UPSIDE Foods vient de faire son apparition sur le menu de Bar Crenn, l’un des restaurants de la cheffe trois étoiles Dominique Crenn. Décrit comme “un tempura pané chic et cosmopolite” (voir la photo ici), le lancement de ce plat le 1er juillet marque une “nouvelle ère potentielle” pour le secteur après les 2 approbations successives de la FDA en janvier et en mars puis le feu vert du département de l’agriculture américain le 12 juin, pour son étiquetage commercial officiel de « cultured meat ».
L’article s’interroge donc : “Faut-il voir dans cette guerre des « promos » la consécration de la vraie fausse viande, alternative à l’élevage animal responsable de 15% des émissions à effet de serre ?”.
Avec l’émergence de nombreuses start-up spécialisées dans la viande alternative, basée sur des protéines végétales ou produite par culture cellulaire, des investissements importants ont été réalisés dans ce secteur. Cependant, les investisseurs semblent être plus prudents quant à l’acceptation des produits à base de protéines végétales par les consommateurs.
Malgré cela, la viande de synthèse basée sur la culture cellulaire progresse rapidement, attirant près de la moitié des investissements réalisés dans ce domaine. Upside Foods et Eat Just sont parmi les entreprises les plus prometteuses, bénéficiant du soutien de personnalités telles que Bill Gates, Richard Branson ou de grands groupes comme Cargill. Elles ont déjà ouvert des usines de production à Singapour et près de San Francisco.
Cependant, l’industrialisation de cette viande de synthèse rencontre encore des défis majeurs. L’un d’entre eux est le manque d’un vecteur biologique adéquat pour la multiplication des cellules animales à l’intérieur des bioréacteurs. Bien que le sérum bovin ait été utilisé précédemment, il est maintenant possible de le remplacer par un mélange d’acides aminés, de sucre et de sel, plus éthique. Cependant, cette version synthétique ne peut pas encore être produite en quantité suffisante. Upside Foods admet toujours devoir utiliser partiellement le sérum bovin. De plus, le coût de la viande de synthèse reste encore trois à six fois plus élevé que celui de la viande traditionnelle, ce qui nécessite une augmentation de la production pour le réduire.

Le Monde, Matières premières : « Le pécule du tubercule », 09/07/2023
L’année dernière, la récolte de pommes de terre a été affectée par les conditions météorologiques, entraînant une diminution de 11 % par rapport à 2021, soit 8 millions de tonnes récoltées. Cette baisse a suscité des inquiétudes quant à une possible pénurie.
En effet, bien que les rayons des supermarchés n’aient jamais été vides, les fabricants de chips, frites et purées ont été confrontés à des difficultés d’approvisionnement. La demande est élevée, d’autant plus que les industriels belges et néerlandais se tournent également vers les stocks français. Plus de 2 millions de tonnes ont ainsi été exportées au cours des huit premiers mois de la campagne.
Comme d’habitude, cette forte demande a entraîné une hausse des prix. Le sac de 10 kilos de pommes de terre de variété bintje a par exemple augmenté de plus de 50 % par rapport à la moyenne des cinq dernières années. De leur côté, les fabricants espèrent répercuter ces hausses de prix sur les distributeurs et demandent une nouvelle augmentation de 8 % à 10 % ce mois-ci, après une précédente hausse de 10 % à 12 % en mars dernier. Les producteurs de pommes de terre sont donc très sollicités pour la prochaine récolte, mais la filière féculière française perd du terrain.
Ainsi, malgré une augmentation de 2,9 % des surfaces plantées en pommes de terre de consommation, l’Union nationale des producteurs de pommes de terre déplore la perte de terrain de la filière féculière. Certains acteurs, à l’image de la coopérative Tereos, envisagent même la fermeture de sites de transformation en fécule. En réponse à ces inquiétudes, l’État a annoncé une aide de 5 millions d’euros pour soutenir les agriculteurs. Il s’agit d’une mesure visant à préserver la filière et éviter que la production de pommes de terre féculières ne soit compromise.

Les Échos, Le plan des industriels pour relancer la sauce tomate à la française, 04/07/2023
La France ne parvient à couvrir que 10 % de sa demande en tomates d’industrie (qui sont destinées à être transformées par opposition aux tomates fraîches), ce qui entraîne une dépendance aux importations pour les fabricants français de sauces et de ketchup. Encore une fois les chiffres parlent d’eux mêmes : la production française de tomates destinées à l’industrie est passée de 400 000 tonnes en 1985 à 150 000 tonnes en 2022, alors que dans le même temps la demande a augmenté de 50 %. En conséquence, la France est devenue le troisième importateur mondial de sauce tomate. Panzani, par exemple, importe d’Espagne et d’Italie environ 100 000 tonnes de tomates par an pour ses sauces. Comme l’explique Albert Mathieu, le directeur général de Panzani, “nous sommes un des premiers opérateurs sur ce marché. Or la production française n’est pas suffisante. Il faut la relancer”.
Pour restaurer la souveraineté alimentaire de la filière, l’interprofession Sonito a proposé le projet Tommates, qui fait partie du plan France 2030 visant à rattraper le retard industriel français. Le projet vise à augmenter la production de tomates destinées à l’industrie, tout en combinant la culture de légumineuses et de cultures locales telles que les céréales, les légumes, le riz et les semences. Le projet prévoit également la création d’un méthaniseur pour fournir des usines en énergie renouvelable.
La France compte actuellement seulement environ 200 agriculteurs produisant des tomates destinées à l’industrie. Les volumes de production ont diminué en raison de la concurrence chinoise et espagnole ainsi que du vieillissement de l’outil industriel français. Cependant, en raison d’une baisse de l’offre causée par le manque d’eau en Espagne, les prix ont augmenté, ce qui pousse les industriels comme Panzani à diversifier leurs approvisionnements. L’objectif est de doubler la production française d’ici trois à cinq ans afin d’augmenter l’autonomie de 40 % à 50 % dans les dix prochaines années.
Cependant, atteindre cet objectif nécessitera des investissements importants, notamment dans des machines spéciales pour la plantation et la récolte des tomates.
Les Échos, Mutti, le champion de la sauce tomate, encaisse le choc de l’inflation et de la sécheresse, 05/07/2023
L’article s’intéresse au groupe italien Mutti, leader européen dans le domaine des produits dérivés de la tomate, qui utilise exclusivement des tomates italiennes pour ses produits. En 2022, son chiffre d’affaires a augmenté de 16 % pour atteindre 563 millions d’euros, avec plus de 60 000 tonnes de tomates transformées. Les volumes d’exportation de Mutti ont dépassé ceux vendus en Italie pour la première fois, et l’entreprise possède une filiale en France depuis dix ans.
Au niveau de la production, la Californie reste le principal producteur mondial de tomates industrielles, mais la Chine a regagné la deuxième place depuis l’année dernière. La culture de la tomate y a été initiée dans les années 1990 par l’État dans la région du Xinjiang, dans le nord-ouest du pays. Cependant, la production a chuté après la suspension des aides de l’État il y a environ dix ans. La Chine produit désormais environ 9 millions de tonnes de tomates de qualité inférieure utilisées pour les sauces et les ketchups bon marché. En Europe, les mauvaises conditions climatiques ont également affecté la production de tomates. L’Espagne a vu son rendement réduit d’un tiers en raison de la sécheresse en 2022, et les problèmes persistent cette année. L’Italie, quant à elle, a été touchée par de fortes chaleurs et des inondations, mais la production de tomates n’a pas été trop affectée. L’Italie toutefois reste le troisième plus grand producteur mondial, avec près de 6 millions de tonnes.
Au niveau de la consommation, la consommation mondiale de tomates industrielles connaît une croissance lente d’environ 2 % par an. Les principales demandes proviennent des sauces pour pizzas, pour les pâtes et du ketchup. Si la consommation de ketchup diminue aux États-Unis, elle augmente en Chine. En France, les consommateurs sont de plus en plus à la recherche de produits de qualité, et le groupe Mutti en a fait son principal marché d’exportation avec une croissance de 24 % en valeur en 2022.
L’industrie de la tomate a rencontré plusieurs obstacles en 2022, notamment une hausse sans précédent de ses coûts. Les prix des boîtes de conserve et du verre ont augmenté de 40 % à 60 % en raison du manque d’acier et de verre. De plus, le prix des tomates a augmenté de 65 % à 150 euros la tonne en raison du manque de production en Espagne. Malgré une augmentation d’environ 10 % du prix des produits en magasin, les entreprises n’ont pas pu répercuter pleinement l’inflation des coûts sur les consommateurs, ce qui a entraîné une baisse de rentabilité et une augmentation de l’endettement.

Le Monde, Adam et Eve étaient-ils végétariens ?, 05/07/2023
Deux livres récents explorent la controverse autour du végétarisme dans le contexte de la pénurie alimentaire. Le premier livre, Renaissance Vegetarianism de Cecilia Muratori, se concentre sur la redécouverte du traité de Porphyre sur l’abstinence au XVIe siècle. Il examine les débats autour du sacrifice rituel d’animaux, de la santé et des dangers de la consommation de viande, ainsi que des pratiques alimentaires des cultures non européennes, y compris l’anthropophagie.
Le deuxième livre, Adam et Eve, le paradis, la viande et les légumes d’Olivier Christin et Guillaume Alonge, se penche sur la controverse autour de l’alimentation d’Adam et Eve au paradis aux XVIIe et XVIIIe siècles. Cette querelle, qui a mobilisé théologiens, médecins, chimistes et juristes, portait sur l’interprétation des régimes alimentaires de la Bible et de la consommation de viande. Les débats ont également abordé la question de la consommation de viande cuite versus crue et ont servi à marquer les frontières entre catholicisme et protestantisme, ainsi qu’entre christianisme et judaïsme.
Ces controverses alimentaires étaient loin d’être neutres, car elles reflétaient les tensions religieuses et idéologiques de l’époque, notamment dans le contexte de la Contre-Réforme catholique. Les disputes ont également été liées au contrôle des mœurs, à la santé publique et à l’ordre social. Les savants des Lumières ont tenté de résoudre ces débats en utilisant des expérimentations scientifiques sur la digestion, remettant ainsi en question l’autorité de la Bible.
Les livres mettent en évidence l’importance des disputes et des controverses publiques pour comprendre l’évolution des problématiques scientifiques. Ils soulignent également la manière dont les débats alimentaires se sont naturalisés en recourant à l’expertise médicale et en collectant des observations sur les pratiques végétariennes dans différentes cultures, remettant ainsi en question l’universalité de la consommation de viande.

Le Figaro, Derrière le scandale Alan FoodChallenge, l’attrait malsain des internautes pour les défis extrêmes, 12/07/2023
Ami(e)s de la gastronomie, passez votre chemin.
Cet article met en lumière le scandale impliquant le Youtubeur Alan Food Challenge. Ce dernier, qui compte pas moins de 800 000 abonnés est “connu pour ingurgiter en un temps record de la nourriture en tout genre, comme des tacos ou des hamburgers”. En résumé, c’est un influenceur de la bonne bouffe… Mais, en plus de faire la promotion d’une alimentation saine à vos ados, ce dernier vient d’être accusé de truquer ses vidéos en les accélérant et en coupant des passages. Après avoir tenté de prouver le contraire en faisant un live sur Twitch, il s’est avoué vaincu après avoir ingurgité un giga tacos et demi. Suite à cela, il a subi un harcèlement massif en ligne. C’est donc tout le juteux business de cet influenceur qui est en train de s’écrouler.
L’article nous explique que le business d’Alan s’inscrit dans la tendance croissante du “Mukbang”, un phénomène où les vidéastes préparent et mangent des quantités exagérées de nourriture devant la caméra. Le Mukbang est devenu populaire sur YouTube depuis 2016 et a créé une catégorie dédiée sur Twitch appelée “Social eating”. Ce phénomène s’est répandu en dehors de la Corée, d’où il est originaire, en raison de la solitude croissante et de la généralisation de cette tendance pendant la pandémie.
Sentant le bon filon pour attirer des ados en quête de junk food, les marques n’hésitent pas à sponsoriser ces vidéos, ce qui fait en retour les choux gras de ces créateurs de contenu. Les défis alimentaires sont ainsi souvent réalisés en partenariat avec des restaurants, offrant ainsi une opportunité de gagner de l’argent et d’attirer une audience plus large. Ainsi, le défi consistant à « Manger 50 Smashburger» a été réalisé en partenariat avec le Resto BUN’S de Paris, celui sur la dégustation des « 5 giga tacos» avec le O’TACOS de Nanterre. McDonald’s est également régulièrement mis à l’honneur dans ses productions.
Aux Etats-Unis, la star du genre se nomme Nikocado Avocado. Ce dernier a gagné en popularité (et en poids) en mangeant des quantités astronomiques de fast-food devant la caméra. Son succès repose sur l’envie pervers du public de voir quelqu’un souffrir ou échouer dans ses défis alimentaires. Malgré les conséquences néfastes sur sa santé, il a acquis des millions d’abonnés (près de 4 millions) et a réalisé des profits importants grâce à cette “activité”.

Le Fooding, Être une femme engagée (tu sais c’est pas si facile), 12/07/2023
Cet article explore la relation entre la durabilité et le genre dans le domaine de la cuisine. Il met en lumière plusieurs femmes chefs et entrepreneuses culinaires qui sont engagées dans des pratiques alimentaires durables, notamment la cuisine végétalienne et l’utilisation de produits locaux. Les auteurs soulignent que les femmes sont souvent associées à une approche plus consciente de l’alimentation et de l’environnement, mais ils remettent en question cette généralisation.
Les femmes chefs interrogées expriment leur désir de ne pas être étiquetées ou enfermées dans des catégories prédéfinies en raison de leurs pratiques culinaires durables. Elles soulignent que leurs choix alimentaires sont basés sur leurs valeurs personnelles et ne devraient pas être associés à des caractéristiques de genre.
L’article explore également les attentes et les stéréotypes liés aux femmes chefs. Les femmes sont souvent perçues comme des gestionnaires de foyer qui maîtrisent les courses alimentaires, tandis que les chefs masculins sont souvent considérés comme ayant plus de liberté dans leurs choix de fournisseurs. Les médias ont contribué à façonner une image de la cheffe engagée et exemplaire, en opposition au chef masculin traditionnel.
Les femmes travaillant dans l’industrie vinicole sont également confrontées à des attentes similaires, étant souvent perçues comme des féministes et des écologistes en raison de leur engagement dans la viticulture biologique. Cela peut parfois les amener à être sollicitées davantage pour leur activisme que pour leurs compétences en tant que professionnelles.
Les femmes chefs et entrepreneuses interrogées expriment leur frustration quant à l’idée d’être utilisées comme un « quota » pour représenter la durabilité et la diversité dans l’industrie alimentaire. Elles souhaitent être reconnues pour leurs compétences et leur créativité, indépendamment de leur genre.


Modern Farmer, Turning Empty Offices Into Vertical Farms, 04/07/2023
La pandémie a entraîné une augmentation du nombre de bureaux vides dans le monde. Cette situation offre une opportunité de transformer ces bureaux en fermes verticales.
Les fermes verticales sont des systèmes de production agricole qui cultivent des plantes dans des environnements contrôlés. Elles peuvent être construites dans des bâtiments existants, tels que des bureaux vides, ce qui permet de les exploiter de manière plus efficace et rentable.
Les fermes verticales présentent de nombreux avantages par rapport aux fermes traditionnelles. Elles utilisent moins d’eau, de pesticides et d’engrais. Elles produisent également des aliments plus frais et plus sains.
De plus, les fermes verticales peuvent être situées dans des zones urbaines, ce qui permet de rapprocher la production alimentaire des consommateurs. Cela peut contribuer à réduire les émissions de gaz à effet de serre et à améliorer la résilience alimentaire.
Certaines entreprises commencent déjà à transformer les bureaux vides en fermes verticales. Par exemple, la société AeroFarms a transformé un ancien entrepôt de 100 000 pieds carrés à Newark, dans le New Jersey, en une ferme verticale. La ferme produit plus de 900 livres de légumes par jour, qui sont vendus dans des magasins locaux.
La transformation des bureaux vides en fermes verticales est une idée prometteuse qui pourrait contribuer à résoudre certains des problèmes liés à l’alimentation mondiale.

Foodbev, Gipsy Hill creates offset-free carbon negative beer, 10/07/2023
Un article qui aurait pu s’intituler : “Tu veux lutter contre le changement climatique? Bois une bière!”.
En effet, Gipsy Hill Brewing, une brasserie artisanale britannique, a annoncé le lancement de sa première bière négative en carbone sans compensation. Petite précision supplémentaire : cette bière est créée sans utiliser de compensation carbone, un processus par lequel les entreprises réduisent l’empreinte carbone des produits grâce à des activités sans rapport avec leur production, telles que la plantation d’arbres dans une autre partie du monde.
La bière, appelée “Carbon Neutral”, est fabriquée à partir d’ingrédients locaux et est fermentée avec de la levure neutre en carbone. La brasserie utilise également des énergies renouvelables pour alimenter ses opérations et plante des arbres pour compenser les émissions de gaz à effet de serre de la production de la bière.
L’empreinte carbone est de -40gCO2e par pinte pour Swell Lager et -30gCO2e par pinte pour Trail Pale.
The Telegraph, Carlsberg cuts alcohol in beer ahead of duty increase, 11/07/2023
Carlsberg, le deuxième plus grand brasseur au monde, a annoncé qu’il réduirait la teneur en alcool de certaines de ses bières phares au Royaume-Uni. La mesure est prise dans le but d’échapper à une augmentation de la taxe d’accise sur la bière qui est en préparation.
Carlsberg est donc le dernier exemple en date de “drinkflation”, une stratégie qui vise à réduire la teneur en alcool de ses produits tout en maintenant, voire en augmentant, les prix.
La taxe d’accise sur la bière est un impôt indirect qui est prélevé sur la production, l’importation ou la vente de bière. La taxe est utilisée pour financer les services publics, tels que les hôpitaux, les écoles et les routes.
L’augmentation de la taxe d’accise sur la bière est une mesure controversée. Les brasseurs affirment que la mesure va nuire à l’industrie de la bière et augmenter les prix pour les consommateurs. Le gouvernement britannique affirme de son côté que la mesure est nécessaire pour faire payer aux brasseurs leur juste part et pour réduire la consommation d’alcool.
Carlsberg n’est pas le seul brasseur à réduire la teneur en alcool de sa bière avant l’augmentation de la taxe d’accise. D’autres brasseurs, tels que Heineken et Greene King, ont également annoncé des mesures similaires.
La réduction de la teneur en alcool de la bière est une mesure qui ne réjouit pas les consommateurs. Certains d’entre eux affirment que cela va nuire à la qualité de la bière. D’autres affirment que la mesure est une bonne chose, car elle permettra de réduire la consommation d’alcool.

FranceAgriMer, L’impact de l’inflation de la consommation alimentaire en 2022, 11/07/2023
Cette étude fait état des répercussions de l’inflation sur la consommation alimentaire des Français en 2022. Après deux années exceptionnelles de crise sanitaire qui ont amorcé les modifications des comportements de consommation, la crise inflationniste inédite de 2022, principalement due à l’éclatement de la guerre russo-ukrainienne, a ancré de nouvelles tendances et des arbitrages « anti-inflationniste » auprès des ménages tels que le contrôle des dépenses. Ce contrôle emprunte diverses formes : des réductions de volumes achetés, notamment de produits frais traditionnels et des produits à forte valeur faciale ou des arbitrages entre les circuits d’achats en faveur des circuits de proximité.
Cette étude révèle également des descentes en gamme significatives à travers la décroissance des achats de produits bio, mais aussi des marques nationales au profit des marques de distributeurs. La diminution de fréquentation des points d’achats et la réduction des tailles de panier permettent de mettre en place des logiques de prévention de gaspillage alimentaire et ainsi de contrôler au mieux les dépenses.
Toutefois, les ménages français ne sont pas tous égaux face à ces arbitrages. L’analyse par critères sociaux-démographiques permettra ainsi de mettre en évidence des différences de comportements d’achats, notamment des ménages jeunes, séniors ou modestes.
Waitrose & Partners, The Cooking Report, Juillet 2023
Comme chaque année, le rapport s’intéresse aux habitudes culinaires de nos amis britanniques.
Le rapport révèle par exemple que plus d’un tiers (35 %) des britanniques interrogés se considèrent comme de “très bons” ou d'”excellents cuisiniers”, et un pourcentage plus modeste de 45 % se considèrent comme d'”assez bons cuisiniers”. Un tiers des adultes britanniques interrogés iraient jusqu’à dire qu’ils sont meilleurs cuisiniers que leurs parents.
A l’inverse, plus d’un adulte britannique sur quatre n’a jamais fait cuire un œuf et ne sait pas comment le faire et moins d’un cinquième (18 %) a déjà préparé une vinaigrette.
Près de deux cinquièmes des adultes britanniques souhaiteraient passer plus de temps dans la cuisine qu’ils ne le font actuellement. La principale motivation pour cuisiner est d’être en bonne santé, suivie par le plaisir de goûter de nouvelles saveurs et recettes. La crise du coût de la vie a ajouté une motivation supplémentaire pour cuisiner : un tiers des adultes britanniques cuisinent parce que cela les aide à respecter un budget et à économiser de l’argent.
Au niveau des accessoires de cuisine, les “air fryers” sont devenues des accessoires incontournables dans de nombreuses cuisines, mais étonnamment c’est le micro-ondes qui arrive en tête d’une liste de 24 gadgets de cuisine dont la plupart des adultes déclarent ne pas pouvoir se passer. Près de trois fois plus de personnes ont déclaré ne pas pouvoir se passer de leur micro-ondes que de leur airfryer (32 % et 12 % respectivement).
USDA, Concentration and Competition in U.S. Agribusiness, Juin 2023
Une étude très intéressante du ministère américaine de l’agriculture sur la concentration dans le monde agroalimentaire aux Etats-Unis. L’étude porte sur trois secteurs en particulier : l’industrie semencière, l’abattage-transformation de la viande et la distribution alimentaire.
La concentration des marchés agroalimentaires aux États-Unis s’est accélérée au cours des dernières décennies, en particulier dans les secteurs de la transformation des aliments, de la distribution et de la vente au détail. Cette consolidation a été alimentée par une série de facteurs, notamment l’augmentation des économies d’échelle, les barrières à l’entrée élevées et les changements technologiques.
Voici quelques détails supplémentaires sur la concentration des marchés agroalimentaires aux États-Unis :
- Les cinq plus grandes entreprises de transformation des aliments aux États-Unis contrôlent désormais environ 40 % du marché.
- Les cinq plus grandes entreprises de distribution aux États-Unis contrôlent désormais environ 80 % du marché.
- Les cinq plus grandes entreprises de vente au détail aux États-Unis contrôlent désormais environ 70 % du marché.
Cette concentration a eu un certain nombre d’implications négatives pour les consommateurs, les producteurs et les agriculteurs.
- Pour les consommateurs, cela a entraîné une baisse de la concurrence et une augmentation des prix. Par exemple, le prix du lait a augmenté de 50 % au cours des 20 dernières années, alors que la production laitière a augmenté de 15 %.
- Pour les producteurs, cela a rendu plus difficile la négociation de prix équitables et a augmenté le risque d’exploitation. Par exemple, les agriculteurs qui vendent leur blé aux grandes entreprises meunières n’ont souvent aucun pouvoir de négociation sur le prix.
- Pour les agriculteurs, cela a entraîné une diminution des revenus et une augmentation de la dépendance à l’égard des intrants et des services fournis par les grandes entreprises. Par exemple, les agriculteurs qui dépendent de grandes entreprises semencières pour leurs semences ne peuvent souvent pas choisir les variétés de semences qu’ils veulent cultiver.
Le gouvernement américain a pris un certain nombre de mesures pour tenter d’atténuer les effets négatifs de la concentration des marchés agroalimentaires. Ces mesures comprennent l’adoption de lois antitrust, la création d’agences de réglementation et le financement de programmes de soutien aux agriculteurs. Malgré ces mesures, la concentration des marchés agroalimentaires aux États-Unis reste élevée.

Radio France, La pizza contemporaine est née !, 09/07/2023
La pizza continue d’être le plat le plus populaire du monde. Mais face à l’industrialisation et ses dérives, une nouvelle génération de pizzaiolos émerge. Entre pizzas traditionnelles artisanales et pizzas contemporaines, c’est le renouveau de la pizza !

Due-diligence stratégique pour un fonds corporate souhaitant investir dans une entreprise du secteur des biostimulants
Réalisation d’une due-diligence stratégique pour un fonds corporate qui s’interrogeait sur l’opportunité d’investir dans une startup Agtech spécialisée dans les biostimulants.
- Besoin client : analyse concurrentielle du secteur des biostimulants et positionnement d’une startup de ce secteur dans laquelle le client réfléchissait à investir
- Méthodologie retenue : revue de presse, analyse documentaire, entretien avec des acteurs clés du secteur, entretien avec les fondateurs des startups visées par le client
- Livrable associé: analyse du marché visé, analyse de la proposition de valeur, analyse de l’équipe en place, analyse et mapping de la concurrence, analyse du modèle économique, analyse PESTEL et SWOT, recommandation

Réalisation d’une étude de marché et positionnement concurrentiel dans le cadre de projets d’investissement – produits et services innovants pour le pilotage des exploitations agricoles
Réalisation d’une étude de marché et positionnement concurrentiel sur plusieurs segments de l’AgTech pour le compte d’un acteur majeur du financement des entreprises en France
- Besoin client : analyse concurrentielle de plusieurs segments de l’AgTech et positionnement d’un échantillon de startups AgTech dans lesquelles le client réfléchissait à investir
- Méthodologie retenue : revue de presse, analyse documentaire, entretien avec des acteurs clés du secteur, entretien avec les fondateurs des startups visées par le client
- Livrable associé: analyse du marché visé, analyse de la proposition de valeur, analyse de l’équipe en place, analyse et mapping de la concurrence, analyse du modèle économique, analyse PESTEL et SWOT, recommandation

Feuille de route pour la mise en œuvre de solutions AgTech françaises pour le développement d’une agriculture durable dans la région d’Al’Ula (Arabie Saoudite)
Dans le cadre de son projet 2030, l’Arabie saoudite souhaite développer une agriculture durable et socio-économiquement viable dans la vallée d’AlUla.
Ce développement s’appuiera sur les secteurs existants (dattes, agrumes, moringa, élevage) mais explorera également les possibilités de création de nouveaux secteurs qui pourraient être viables dans la vallée de l’AlUla.
- Besoin client : Afalula souhaitait réunir une équipe de consultant afin d’établir une feuille de route pour la mise en œuvre de solutions AgTech françaises afin de développer une agriculture durable et compétitive dans la région d’Al’Ula dans le cadre du projet
- Méthodologie retenue : analyse des chaînes alimentaires d’AlUla en ce qui concerne les paramètres clés de la gestion du système alimentaire (irrigation, gestion des sols, suivi des plantes et des ravageurs, données et traçabilité, etc.), cartographie du portefeuille de solutions Agtech et analyse de leurs paramètres systémiques clés, analyse de la faisabilité de la mise en œuvre pour établir une feuille de route.
- Livrable associé: mapping de solutions AgTech, sélection des solutions appropriées pour la région d’Al’Ula, roadmap pour les tests et l’implémentation des solutions

ENQUÊTE. Prix, labels, croissance… La grande désillusion du “bio”
Emmanuel Botta
Après des années de croissance folle, le marché du bio français a subitement reculé en 2021. Personne ou presque n’a vu venir cette volte-face des consommateurs. Notre enquête.
Les arbres ne montent pas jusqu’au ciel, aiment à rappeler d’un air entendu les économistes lorsqu’un marché ou une action affiche des performances outrancières. Mais s’ils sont certifiés bio, qui sait? C’est peut-être ce qu’avaient fini par se dire spécialistes et professionnels alors que les ventes de produits labélisés AB affichaient, année après année, des taux de croissance à deux chiffres au nez et à la barbe d’un marché du conventionnel souffreteux.
Rien que sur les cinq dernières années, le marché du bio tricolore a tout simplement doublé de taille. “La France est devenue le deuxième plus gros marché en Europe, derrière l’Allemagne, avec un chiffre d’affaires autour de 13 milliards d’euros en 2021. Et, en termes de production, nous avons ravi à l’Espagne la place de leader, avec 2,5 millions d’hectares de terres en agriculture biologique, soit de 9 à 10 % de nos surfaces cultivées”, se félicite Laure Verdeau, la directrice de l’Agence bio.
Et les tickets de caisse de l’année 2020 semblaient indiquer que la pandémie allait rapprocher un peu plus le secteur de la voûte céleste, certains analystes concluant, un peu hâtivement, que le spectre de la maladie avait poussé de nouveaux clients tout droit dans les bras du bio, prêts à payer plus cher pour booster leur capital santé et ainsi s’éviter les affres du Covid. Erreur. “En 2020, le bio a d’abord été porté par les nombreuses ruptures de stocks : les gens achetaient ce qu’il restait en magasin et mettaient dans leur caddie des produits AB moins par choix que par obligation”, pointe Pascale Hébel, économiste spécialiste de la consommation, directrice associée de la société de conseil C-Ways. “Durant les premiers confinements, les Français se sont rués vers les produits de base (lait, oeuf, farine…), ce qui a mécaniquement boosté le bio, historiquement fort dans ces catégories, ajoute Emily Mayer, spécialiste de la consommation pour l’institut IRI. Le fait que nombre de nos compatriotes aient privilégié le “drive” pour limiter les contacts a également bénéficié au bio, car il est surreprésenté dans ce circuit.”
La pandémie a agit comme un écran de fumée
La pandémie a en réalité masqué une mécanique à l’oeuvre depuis fin 2019, où l’IRI avait déjà observé un tassement des ventes. Mais, depuis le printemps 2021, il n’y a plus l’ombre d’un doute : les Français consomment moins de produits labellisés AB. A la fin de l’année, les professionnels du secteur devaient se frotter les yeux devant leurs tableaux Excel, qui indiquaient un recul de 3,1 %. Et 2022 est parti sur des bases encore plus mauvaises. Sur le premier trimestre, les Carrefour, Leclerc ou Intermarché ont enregistré une chute de 6,6 % de leurs ventes de produits AB, quand les spécialistes comme Biocoop, Naturalia ou La Vie claire sauvent à peine l’honneur, avec une baisse de 4,9 %.
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Mais comment expliquer un tel retournement alors même que le bio a clairement remporté la bataille des idées? La grande majorité des Français semble aujourd’hui acquise à la nécessité de protéger notre planète, en limitant les engrais ou les pesticides tout en mangeant plus sain. C’est justement cette victoire idéologique que le secteur est en train de payer au prix fort. Zéro résidu de pesticides, Agri confiance, HVE (haute valeur environnementale), Bleu-blanc-coeur, C’est qui le patron?!…, on assiste ces dernières années à une prolifération de labels et de démarches plus ou moins sérieuses, censées garantir l’origine, la qualité, la préservation de l’environnement ou encore la juste rémunération des producteurs, qui ont fini par faire de l’ombre au label AB. “Pendant longtemps, la seule façon de consommer engagé, c’était d’acheter des produits bio, souligne Olivier Frey, consultant spécialiste de l’agroalimentaire. Aujourd’hui, la moitié des consommateurs de bio sont occasionnels, et ceux-là voient dans ces nouveaux labels une manière de consommer ‘presque bio’, pour bien moins cher.” De quoi agacer. “Un cahier des charges de 300 pages encadre l’agriculture biologique, avec au moins un contrôle par an : il n’y a pas de comparaison possible avec les labels ou pseudo-labels que l’on voit fleurir”, s’emporte Laure Verdeau.
Les produits locaux font de plus en plus d’ombre au bio
Le label HVE, soutenu par le gouvernement, fait tout particulièrement grincer des dents. “Aujourd’hui, plus personne ne veut se réclamer de l’agriculture conventionnelle, alors les chambres d’agriculture et la FNSEA ont poussé pour que l’Etat adoube le HVE, qui est coquille vide ne servant qu’à ripoliner la devanture du conventionnel”, s’énerve un spécialiste du secteur. “En HVE, il n’y a aucune interdiction, juste des promesses de réduction d’intrants (engrais, pesticides…), et ils ont pourtant droit à des réductions d’impôt presque égales à celles des producteurs qui ont fait l’effort de se convertir à l’agriculture biologique”, se désole Pierrick De Ronne, le président de Biocoop.
“Le label HVE n’est coquille vide ne servant qu’à ripoliner la devanture du conventionnel”
Et il y a enfin un petit nouveau, qui a fait une entrée fracassante sur le devant de la scène à l’occasion de la pandémie : le local, porté par l’envie des consommateurs d’aider les petits producteurs. “Il n’est défini par aucune règle, mais dans la tête des gens c’est bien car on connaît, ou on a l’impression de connaître, le producteur”, souligne Pascale Hébel.
Une concurrence nouvelle qui a poussé le secteur à mettre sur pied une grande campagne marketing pour rappeler les fondamentaux du label AB. “Avec la Maison de la bio et huit interprofessions, nous avons investi 1 million d’euros pour lancer une campagne de communication multicanale (affichage, digital et radio) à l’occasion du week-end de la Pentecôte”, se félicite Laure Verdeau. Une campagne pour attaquer le conventionnel et les “labels allégés”? “Les voitures électriques ne s’en prennent pas aux véhicules thermiques, on a le sens de l’Histoire avec nous”, cingle Laure Verdeau.
Le bio a poussé trop vite dans les rayons de la grande distribution
Mais le bio n’a pas seulement à affronter une crise d’image, il doit aussi se cogner une crise de croissance carabinée. La grande distribution, une espèce pourtant pétrie de réalisme – pas le choix quand votre marge est aussi fine qu’une feuille de papier à cigarette – avait elle aussi fini par croire que les arbres pouvaient monter jusqu’au ciel. En quête perpétuelle de relais de croissance, elle s’est mise à racheter des enseignes spécialisées (Monoprix a mis la main sur Naturalia, Carrefour a racheté So.bio puis Bio c’ bon, tandis qu’Intermarché a pris une participation dans les Comptoirs de la bio), tout en multipliant les produits siglés AB dans ses propres rayons. “Ces dernières années, le nombre de références a grimpé de 20 % par an, porté notamment par les grandes marques généralistes qui s’y sont converties massivement”, souligne Emily Mayer. Même les Chocapic ont désormais leur déclinaison bio! Au point qu’aujourd’hui la grande distribution pèse à elle seule 55 % du marché.
“L’industrialisation du bio a fait s’étioler la confiance dans le label AB”
“Mais, ces derniers temps, la croissance des produits AB a plus été portée par la multiplication du nombre de références que par la hausse des achats”, admet Benoît Soury, directeur marché bio chez Carrefour. “En début d’année, les produits arborant le label Eurofeuille représentaient 8 % des références en grande distribution, mais pesaient seulement pour 5 % du chiffre d’affaires”, détaille Emily Mayer. Alors les distributeurs ont arrêté de scruter la cime des arbres pour se pencher sur leur compte de résultat. “Chez Carrefour, le ratio est de 9,5 % de nos références en bio pour 6,5 % du chiffre d’affaires global, on va devoir rééquilibrer un peu, même si on gardera une surexposition du bio”, explique Benoît Soury, lui-même une prise de guerre, puisqu’il était jusqu’en 2018 directeur général de l’enseigne spécialisée la Vie claire. “La grande distribution doit faire face à la concurrence des hard discounters au marketing très agressif, ils ne peuvent plus se payer le luxe de garder en rayon des produits qui ne tournent pas”, souligne Laurent Thoumine, directeur exécutif et responsable du secteur retail en Europe chez Accenture. “Certains distributeurs envisageraient de sortir un quart des références bio dans certains rayons, notamment celles des plus petites marques, qui vont se retrouver dans des situations intenables”, s’alarme un analyste.
Une double punition pour les puristes du bio. “L’industrialisation du secteur a fait s’étioler un peu la confiance dans le label bio, avec des ingrédients qui ont fait des milliers de kilomètres, des pommes qui ont fait le tour de la planète, des produits sous plastique, ou affichant un Nutri-score E”, énumère Pierrick De Ronne. Pour notre homme, si le cahier des charges est respecté, l’esprit du bio, lui, ne l’est pas.
Faut-il muscler le cahier des charges du bio?
Le moment est peut-être venu de retravailler le cahier des charges du bio. “Il faut se servir de ce creux pour muscler le label Eurofeuille, qui perd de son influence car il n’est pas assez exigeant, pointe Christophe Brusset, ingénieur agronome et auteur du livre Les Imposteurs du bio. Il faut s’inspirer des labels privés comme Demeter, Nature & progrès ou encore Bio cohérence, qui sont tous mieux-disants au plan environnemental ou sur le social.” L’auteur pointe ainsi le fait qu’il est aujourd’hui possible de faire pousser des fraises au pôle Nord dans une serre chauffée au fioul et d’obtenir sans l’ombre d’un souci sa certification. L’exemple est bien évidemment caricatural, mais dit beaucoup des limites du cadre actuel. Le patron du bio de Carrefour en convient. “Plutôt que de perdre notre énergie à savoir qui fait le meilleur bio, nous ferions mieux d’unir nos forces pour améliorer le label, notamment sur les questions de bien-être animal ou encore de progrès social.”
Mais, pour certains analystes, le problème du bio est en réalité bien plus basique : il a atteint une sorte de plafond de verre. “En moyenne, un produit bio est de 30 à 40 % plus cher que son équivalent conventionnel. Avec un tel surprix, le bio ne peut pas être autre chose qu’un marché de niche”, tranche ainsi Emily Mayer. “Aujourd’hui, on dépense plus par habitant dans le bio que les Allemands, qui ont pourtant été précurseurs en la matière; ce ne serait pas illogique qu’on ait atteint une sorte de palier”, ajoute Pascale Hébel. L’analyse paraît d’autant plus pertinente que la flambée des prix des produits alimentaires, mais aussi du gaz ou des carburants pèsent lourdement sur le portefeuille des Français, qui doivent faire des choix.
Risque de casse du côté des producteurs
Seule certitude, la volte-face des consommateurs commence déjà à faire des dégâts dans les rangs des producteurs. “L’année dernière, on a dû déclasser 18 % de notre production en lait conventionnel, une perte sèche de 14 millions d’euros pour nos éleveurs”, se désole Ludovic Billard, président de Biolait (25 % de la collecte du lait bio français), lui-même producteur dans les Côtes-d’Armor. Même son de cloche du côté des producteurs d’oeufs. “Nous n’avons pas de chiffres précis, mais on sait qu’il y a eu du déclassement vers les oeufs de plein air. Or le prix payé est deux fois moins élevé qu’en bio; forcément le producteur perd de l’argent”, déplore Loïc Coulombel, vice-président de l’interprofession de l’oeuf (CNPO). Problème, si la demande recule, l’offre continue, elle, de progresser.
“Le bio ne peut pas être autre chose qu’un marché de niche”
Chaque année, un gros millier de fermes font leur aggiornamento bio, persuadées – longtemps à juste titre – de rejoindre une oasis de croissance. “Il faut accompagner ceux qui arrivent aujourd’hui mais qui ont entamé leur conversion il y a trois ans, alors que la croissance était au plus haut”, convient la présidente de l’Agence bio. Pour David Kujas, spécialiste de l’agri business chez Accenture, le danger ne porte pas uniquement sur les nouveaux arrivants : “Les 53 000 fermiers du bio français ont fait des investissements sur dix ans, avec un tel retournement du marché comment vont-ils rembourser leurs crédits? il y aura forcément des conséquences”. Au point de provoquer une vague de “déconversions”?
Ce n’est pas encore le cas, mais nul doute qu’Erik Fyrwald, le patron de Syngenta, regarde la situation avec une certaine gourmandise. Dans une interview donnée début mai au journal dominical suisse NZZ am Sonntag, le directeur du géant de l’agrochimie explique qu’il faut tout simplement arrêter de produire bio, afin de se concentrer sur l’agriculture productiviste et éviter ainsi les vagues de famine à venir, causées par la guerre en Ukraine, grenier à blé de l’Europe. “Le raccourci est sidérant de mauvaise foi, alors qu’à travers le monde seulement 2 % des terres arables sont converties au bio”, enrage Laure Verdeau. “On voit une forte poussée du ‘bio-bashing’, mais si le patron de Syngenta s’autorise aujourd’hui à porter ce message, c’est qu’il se sent menacé par la stratégie européenne Farm to Fork visant à atteindre 25 % de terres cultivées en bio d’ici à 2030″, veut croire Pierrick De Ronne. Reste maintenant à voir si les consommateurs, eux, répondront présents.

Les coopératives agricoles en quête de taille critique
Les coopératives agricoles en quête de taille critique
Le projet de fusion entre Agrial et Natura’Pro illustre le besoin de grossir dans certains métiers ou dans certaines régions.
Détroyat, Olivia
AGROALIMENTAIRE Nouvelle alliance en vue dans les coopératives agricoles françaises. Ce lundi, le géant normand Agrial (6,2 milliards d’euros de chiffre d’affaires), connu pour ses marques Florette, Soignon ou Loïc Raison, et la coopérative rhodanienne Natura’Pro (84 millions d’euros) ont annoncé leur projet de rapprochement. Encore au stade « d’échanges » , selon un porte-parole d’Agrial, le projet pourrait voir le rhodanien être absorbé par le normand.
Entamé il y a plus de dix ans, le mouvement de consolidation a déjà fait fondre de 25 % le nombre de coopératives agricoles françaises. Mais alors que les précédents rapprochements ont concerné des groupements de tailles équivalentes (InVivo et Soufflet) ou spécialisés dans des métiers similaires (Nicolas Feuillatte et la CRVC), cette dernière opération obéit à des logiques un peu différentes.
Présente dans la production et la transformation de lait, de légumes, de viande, de céréales, ainsi que dans les boissons, Agrial et ses 12 000 adhérents est la deuxième plus grosse coopérative de France. De son côté, Natura’Pro compte 5 500 agriculteurs, et est présente dans le matériel agricole, l’eau et l’irrigation. Mais aussi et surtout dans la jardinerie, avec 25 magasins franchisés GammVert, qui pèsent pour plus de la moitié de son chiffre d’affaires.
Pour Agrial, l’aboutissement de l’opération, qu’il espère effective pour 2023, consoliderait ses positions dans la vallée du Rhône. C’est une région dans laquelle le groupe est déjà présent depuis la fusion en 2015 avec la laitière Eurial, qui elle-même avait déjà fusionné en 2014 avec la rhodanienne Valcrest. En absorbant Natura’Pro, Agrial se renforcerait aussi dans la distribution non alimentaire, lui qui possède déjà 136 magasins LaMaison.fr. Cette soif d’acquisitions de la part d’un des poids lourds de la coopération agricole pourrait se poursuivre, Agrial ayant déjà expliqué ne pas avoir atteint la taille critique dans certains de ses métiers, comme le lait.
Recherche de synergies
Globalement, les coopératives françaises – 40 % de l’agroalimentaire français et 86 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2021 – sont en retard dans la course à la taille par rapport à leurs homologues de certains pays européens (BayWa en Allemagne, FrieslandCampina aux Pays-Bas, Arla Foods au Danemark…). Elles veulent donc grossir, afin de davantage peser sur la scène internationale. Une stratégie d’autant plus pertinente que la crise actuelle montre l’importance de rechercher des synergies en matière de logistique ou d’approvisionnement en intrants (engrais…) et en matières premières agricoles. Il s’agit d’alimenter mieux et à meilleur prix les usines des coopératives, qui fabriquent des marques aussi connues que Beghin Say, Soignon, Danao, Candia ou Saveol.
«Après les mouvements massifs de ces dernières années, les grands pôles sont désormais consolidés en France,tempère Olivier Frey, consultant spécialisé dans les coopératives agricoles. Il reste peut-être le scénario récurrent d’une fusion entre Maïsadour (Delpeyrat, Comtesse du Barry…) et Euralis (Montfort, Rougié, Point Vert…). D’autant que celles-ci sont déjà engagées dans un projet de rapprochement de leurs activités de foie gras. Mais les gros mouvements sont moins probables. »
Dans ce contexte, des absorptions plus ciblées pourraient se développer. Notamment dans les céréales, « où les petites coopératives qui ne font pas de transformation devraient avoir rapidement besoin de s’adosser à des gros », ajoute Olivier Frey. À l’étranger cette course à la taille semble d’ailleurs être moins vive. Le mois dernier, les rumeurs récurrentes d’une fusion entre la laitière danoise Arla Foods et la néerlandaise FrieslandCampina – qui aurait créé un géant mondial des produits laitiers de plus de 22 milliards d’euros de chiffre d’affaires – ont été démenties assez fermement par les deux parties.

« Les coopératives en France pourraient s’inspirer du modèle de valorisation du capital de certaines coops européennes »
Agrodistribution, 01/07/2022
« Les coopératives en France pourraient s’inspirer du modèle de valorisation du capital de certaines coops européennes »
Après une première étude éditée en 2020 sur les coopératives agricoles européennes, Olivier Frey, consultant-formateur, vient d’en publier une nouvelle, qui s’appuie sur les chiffres 2020. Cette cartographie des 100 plus grandes coops agricoles européennes a été réalisée à partir, entre autres, des rapports annuels financiers et extra-financiers et d’articles. En voici quelques éléments pour mieux appréhender les spécificités du modèle coopératif français en regard de nos voisins.
Comment se situe le secteur coopératif agricole français en regard du reste de l’Europe ?
En France, le secteur coopératif agricole est souvent critiqué pour la taille de certaines de ses entreprises, traitées de mastodontes. Or, si les coopératives françaises représentent en nombre un petit tiers (31 %) du top 100 des coopératives agricoles en Europe, leur chiffre d’affaires cumulé de 61 milliards d’euros représente un peu plus du quart de ce top. Alors qu’en Allemagne, leurs 15 coopératives font à elles seules 21,8 % du CA total du top 100.
En outre, avec 1,967 milliard d’euros, le CA moyen des coopératives agricoles françaises de ce top est inférieur à la moyenne du top 100, à 2,384 milliards d’euros. Nous sommes loin du CA moyen du Danemark, à 5,219 Mds€ !
Les grandes coopératives françaises peuvent aussi se voir reprocher leur internationalisation. Or, la part moyenne du CA effectuée hors de l’Hexagone est relativement faible, autour de 23 % en 2020. À l’inverse, les coopératives du nord de l’Europe, situées dans des petits pays, sont les plus internationalisées. Quelques exemples : 95 % du chiffre d’affaires est réalisé hors du pays pour Lakeland Dairies en Irlande, 90 % pour Danish Crown au Danemark et 78 % pour Friesland Campina au Pays-Bas. En France, trois coopératives, Limagrain, Tereos et Vivescia, réalisent plus de la moitié de leur CA à l’international.
D’autre part, une coopérative danoise peut avoir des agriculteurs adhérents dans différents pays. En France, le territoire d’une coop est limité. D’ailleurs, la législation française sur les coopératives est de loin la plus fournie.
Sur les politiques de développement durable, quelles sont les postures observées ?
L’absence d’un cadre homogène sur ce sujet rend parfois la comparaison difficile. Et certaines coopératives ne communiquent pas toutes sur ce volet. En revanche, d’autres vont mettre en avant leur alignement sur les ODD de l’Onu, en mentionnant le plus souvent les objectifs 8, 12 et 13. Ce qui est plutôt rare en France. Les autres coopératives européennes prennent vraiment les devants en réalisant de nombreuses études d’impact autour desquelles elles communiquent et ont des objectifs ambitieux. Celles du Nord parlent aussi de leur engagement dans les énergies renouvelables. Dans le contexte actuel, il serait d’ailleurs intéressant d’analyser le potentiel des coops européennes pour l’indépendance énergétique de l’UE.
Quelles pratiques pourraient être inspirantes pour la France ?
La question du renouvellement des générations se pose notamment en France. Comment intéresser alors les jeunes à la coopérative ? En donnant par exemple plus de valeur au capital investi. Car quand un agriculteur français met 100 au début de son adhésion, à la sortie, il va récupérer 100. Alors qu’entre-temps, l’entreprise a sûrement pris de la valeur. Certaines coops européennes procèdent à une valorisation du capital investi avec des parts B, voire C. On pourrait reprendre cette idée en France et motiver ainsi les adhérents à participer à la prise de valeur de leur coopérative.
Hélène Laurandel

Agriculture : InVivo, le géant que l’on n’a pas vu venir
Les Echos Week-End
jeudi 17 février 2022
Agriculture : InVivo, le géant que l’on n’a pas vu venirEMMANUEL GRASLAND
Avec le rachat du groupe privé Soufflet, l’Union de coopératives acquiert un statut de géantmondial de l’agriculture. Son patron, Thierry Blandinières prône une troisième voie entre culture conventionnelle et biologique, basée sur le numérique.
Les bâtiments en béton ont beau avoir l’air sinistre sous la pluie, pour les pigeons, c’est un vrai paradis. 280.000 tonnes de grains peuvent être stockées sur le site InVivo de Metz. Dans une ronde incessante, les camions livrent leblé, l’orge, colza ou le tournesol venus de 200 km à la ronde.
Dehors, une péniche attend sur la Moselle que la pluie cesse pour recevoir son chargement. Metz est le premier port fluvial français de céréales. Lorsqu’une commande est signée, InVivo expédie la marchandise vers les meuneries ou les malteries tout le long du Rhin. Environ 1,4 million de tonnes de grains transitent ici chaque année. Le site messin de Soufflet est installé juste à côté, avec ses silos métalliques, sa tour de travail et son portique de chargement de péniche. Chaque année, l’entreprise expédie entre 400.000 et 600.000 tonnes de céréales en provenance de Lorraine, de la Côte d’Or, de la Marne ou de l’Aube. Cela fait plus de trente ans que les deux silos sont voisins. Aujourd’hui, ils appartiennent à un seul et même propriétaire, InVivo.
Début décembre, l’Union de coopératives a mis la main sur le groupe privé Soufflet. L’opération lui a permis de doubler de taille, créant un géant agricole de près de 10 milliards d’euros de chiffres d’affaires et de plus de 13.000 salariés. « Soufflet, c’est le plus grand défi qu’ait connu l’union InVivo. Jamais il n’y a eu un tel enjeu », estime Yves LeMorvan, responsable Filières et marchés pour le think tank Agridées et ancien d’InVivo. Le groupe était déjà présent dans le vin, la jardinerie, le négoce, la distribution alimentaire et deux métiers à statut coopératif : le stockage de céréales et les achats de semences et de phytosanitaires.
Avec Soufflet, il élargit sa palette à la production de malt, la meunerie, la fabrication d’ingrédients, la boulangerie-viennoiserie-pâtisserie industrielle et les produits de protection de la vigne. « Qui aurait imaginé il y adeux ans qu’on rachète Soufflet ? Même pas moi » , expliquait en décembre Thierry Blandinières, le DG d’InVivo, lors de la finalisation de la transaction.
Il faut dire que l’opération a sidéré le monde agricole. En premier lieu à cause de l’histoire. Les négociants privés et les coopératives n’ont jamais cessé de se faire la guerre. Les premiers ne manquant pas une occasion de dénoncer les avantages fiscaux des seconds, qui ne paient pas d’impôts sur les sociétés pour leurs activités coopératives. En matière de collecte, Soufflet a toujours été perçu comme une alternative aux « coops » aux yeux des agriculteurs. « Dans l’Aube, la première réaction a été l’inquiétude » , raconte Alain Boulard, le patron de la chambre d’agriculturedu département.
Avec Soufflet, InVivo s’offre un poids lourd agricole, bien implanté sur les marchés mondiaux des céréales et valorisé à 2 milliards d’euros, dettes incluses. « C’est un beau coup pour la coopération et c’est une façon de conserver Soufflet dans le giron européen » , analyse Olivier Frey, le spécialiste du secteur. Développé par Michel Soufflet (91 ans) et dirigé jusqu’en décembre dernier par son fils, Jean-Michel (64 ans), Soufflet était le premier groupe privé français.
Pourquoi ce mariage de la carpe et du lapin ? Côté Soufflet, il n’y avait pas de successeur à Jean-Michel. « J’ai parcouru le globe à la recherche d’une famille qui ait la surface financière pour nous reprendre. J’étais en discussion avec l’une d’elles, en Amérique du Nord, et je me suis rendu compte que leur approche était plus celle d’un fonds prédateur. Alors c’est vrai, InVivo est une coopérative mais ils sont Français et ils sont dans nos métiers » , déclare l’ancien dirigeant. Côté InVivo, l’acquisition de Soufflet est un moyen de changer de dimension pour s’affirmer comme « moteur de la transition agricole et alimentaire » de la France. « Dans nos métiers, ce rachat nous positionne comme le numéro 2 en Europe, derrière l’allemand BayWa. L’opération a eu un écho important dans lemonde des grands négoces, en Asie et aux Etats-Unis » , souligne Thierry Blandinières.
La malterie, une activité très rentable
C’est aussi l’occasion d’entrer dans la malterie. Une activité très rentable portée par l’essor de la consommation de bière et des contrats de long terme avec les brasseurs. Numéro 3 mondial, Soufflet réalise un chiffre d’affaires de 813 millions d’euros (exercice sur douze mois clos au 30 juin 2021) dans la transformation de l’orge en malt. InVivoentend doubler de taille d’ici à cinq ans. Pour cela, la société a levé 440 millions d’euros, en cédant 30 à 35% du capital de l’activité à KKR, Bpifrance et Crédit Agricole. « Cette opération nous donne la capacité d’investir jusqu’à800 millions d’euros pour acquérir des malteries, doubler de taille d’ici cinq ans et devenir numéro un mondial », poursuit Thierry Blandinières.
Le rachat de Soufflet permet également à InVivo de peser un peu plus dans le négoce de grains, face aux Cargill, Dreyfus et autres ADM. Soufflet Négoce, c’est 1,7 milliard d’euros de chiffre d’affaires (exercice sur douze mois clos au 30 juin 2021). InVivo Trading 1,23 milliard d’euros de revenus sur quinze mois (exercice clos au 30 septembre 2020). L’ensemble sera géré par Jean-François Lépy, le patron de Soufflet Négoce. « Nous n’allons pas changer les marques mais harmoniser les procédures et mutualiser notre gestion des risques » , indique le dirigeant.
Peser au niveau mondial dans le négoce de grains
« Sur des marchés avec des prix mondiaux, cette consolidation fait sens sur le plan stratégique » , estime Xavier Hollandts, professeur à la Kedge Business School et spécialiste des coopératives. Soufflet Négoce travaille avec des clients industriels, (meuniers, malteurs), un métier où InVivo Trading n’est pas, afin d’éviter de concurrencer ses coopératives adhérentes. Plus dépendants des appels d’offres des offices d’Etat (Afrique du Nord, Egypte), InVivo asubi de plein fouet l’arrivée des blés de la mer Noire, passés en quinze ans de moins de 5% des exportations mondiales de blé à 40%. « Le métier du négoce est devenu horriblement difficile. La volatilité des prix s’est beaucoup accrue depuis 2006, avec les aléas climatiques, la baisse des stocks de sécurité, les biocarburants et la demande de viande en Asie » , souligne Francis Declerck, professeur à l’Essec et spécialiste des marchés à terme agricoles.
Si InVivo appelle son activité, InVivo Trading, chez Soufflet on n’aime pas le mot trader. Dans l’entreprise, on parle de « grain merchants » , de « gestionnaire de positions » ou de « marketers » …Un signe parmi d’autres du choc de culture que représente ce mariage. Soufflet, c’est l’histoire d’une société de négoce, qui compte une vingtaine de personnes en 1958. Avec l’industrialisation de l’agriculture, elle va connaître un essor phénoménal sous la direction de Michel Soufflet. Tout comme Philippe Noiret dans le film « Alexandre le bienheureux », l’homme commence sa carrière en restant au lit. Après le décès de son père, il fait grève pendant trois jours, pour que sa mère, qui le trouvait trop jeune, accepte de lui céder ses parts et la direction de l’entreprise. Il a alors 26 ans.
L’ambiance est sévère à l’époque. Egarer une carte perforée entraîne une journée de mise à pied. Sur les quais de déchargement il faut balayer constamment car Yvonne, la mère de Michel Soufflet, ne supporte pas de voir un grain traîner. Une gageure quand on est négociant en grains… La société compte 190 salariés en 1975, et près de 2.800 en 2000. Elle survit à l’essor des coopératives, en rachetant des collecteurs privés. « Pour les convaincre de signer, Michel Soufflet faisait de l’intégration soft, en gardant les équipes et les marques » , se souvient un ancien manager.
Soufflet prend aussi les virages avant les autres. Il a d’abord l’idée du conseil technique. À partir de 1960, les fertilisants arrivent dans les campagnes, mais les agriculteurs ne savent pas les utiliser. Michel Soufflet débauche des experts des chambres d’agriculture et acquiert une aura considérable avec le conseil. « La grande différence entre nous et les coopératives, c’est qu’un adhérent ça adhère. Un client, c’est par nature plus volatil » , sourit Jean-Michel Soufflet. La deuxième idée de génie, c’est le système des « roll’on », des bennes installées en bout de champs, récupérées une fois remplies. Grâce aux engrais, les agriculteurs produisent plus. Mais ils ne stockent pas et les livraisons prennent du temps. Avec les roll’on, les camions bleus de Soufflet viennent directement sur site. Apprécié, le service permet au groupe d’augmenter sa collecte.
Le troisième ressort, c’est l’export. Soufflet se dote d’un silo maritime à Rouen dès la fin des années 1960. Avec cet outil, la société s’initie aux marchés internationaux et apprend à affréter des navires. En 1973, elle recrute son premier trader et l’installe à Nogent. La période est bénie. Dans le cadre de la politique agricole commune, l’Europe incite à la production, garantit des prix élevés sur le marché intérieur et subventionne les exportations. En 1979-80, l’export représente les trois quarts du chiffre d’affaires de l’entreprise. Le dirigeant réinvestit ses bénéfices dans l’aval (meunerie, malterie), ce qui lui permet de mieux valoriser ses céréales.
Soufflet, un groupe précurseur
Enfin, Michel Soufflet a le sens du contact. Plusieurs soirs par semaine, il va dîner chez un agriculteur. D’autres exploitants sont invités et c’est lui qui finance le repas « Dans l’Aube, il était de tous les mariages , se souvient un ancien . Il pouvait alors vous glisser à l’oreille. Tu vois la petite brune et le grand maigre ? Ensembles, ils feraient une belle ferme. » Le matin, il reçoit à 6 heures pour parler problèmes personnels et des « tours de plaine » ont lieu leweek-end. « Michel Soufflet connaissait tous les agriculteurs de l’Aube par leurs prénoms et il ne refusait jamais une invitation à dîner d’un exploitant » , raconte Gérard Menuel, député LR de l’Aube. C’est aussi un passionné de politique. Michel Baroin, ancien patron de la GMF et maire de Nogent-sur-Seine de 1983 jusqu’à son décès, est un ami intime. François Baroin est son filleul.
L’histoire d’InVivo est plus conventionnelle. Le groupe de 188 coopératives est issu de la fusion en 2001 de deux unions de coopératives, une centrale d’achats en fertilisants, phytosanitaires et alimentation animale (UNCAA) et une société de stockage et de commercialisation des céréales (Sigma). Deux entités venues du « groupe Mac Mahon », qui rassemblait après la Seconde Guerre mondiale les sensibilités issues de la gauche radicale et laïque, et en partie du « groupe Lafayette », les organisations conservatrices et chrétiennes. Appelés ainsi à cause de leurs adresses parisiennes, les deux blocs sont restés rivaux pendant trente ans.
Dans les années 2000, InVivo grandit vite, dopé par l’essor de son pôle alimentation animale (Neovia). En 2014, l’entreprise se fixe pour objectif de doubler encore de taille, pour atteindre 12 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2025. Sous la houlette de l’ancien patron de Maïsadour, Thierry Blandinières, InVivo se réorganise en trois entités. Une société mère, l’Union InVivo, qui rassemble les activités statutaires de services aux coopératives (stockage et agrofournitures). Un holding, InVivo Group, qui porte les fonctions corporate, et des filiales (jardinerie, distribution, vin), ouvertes à des minoritaires, afin d’augmenter les capacités d’investissements. Parmi elles, l’alimentation animale (Neovia) est cédée en 2018 à l’américain ADM pour 1,5 milliard d’euros cash. « Un cas de valorisation sans équivalent dans la coopération » , assure Yves Le Morvan. La transaction a financé en partie le rachat de Soufflet
Créer des marques à vocation mondiale
« Soufflet, c’est un changement de dimension pour InVivo mais c’est un point de départ, pas un point d’arrivée » , martèle Thierry Blandinières. Ce dernier a une stratégie presque messianique en tête : faire de son groupe « l’une des pierres angulaires de la transformation de la ferme France » . À la manière d’une banque publique d’investissement qui veut réindustrialiser la France, InVivo entend trouver de nouveaux débouchés aux produits français, créer « des marques à vocation mondiale » et « contribuer au rayonnement de l’agriculture et de l’agroalimentaire français dans le monde » . Des objectifs que ne renierait pas un ministère de l’Agriculture. Pour y parvenir, In Vivo défend une troisième voie entre agriculture conventionnelle et biologique, basée sur une utilisation « raisonnée » des phytosanitaires, combinée à des solutions bio (insectes prédateurs, acariens). Pour réduire lerecours aux intrans, le groupe mise sur l’agriculture de précision et se fait l’apôtre de la digitalisation.
Dans cette optique, InVivo a monté une digital factory de 120 personnes et lancé fin 2019 Aladin.farm, une plate-forme d’e-commerce réunissant l’offre de 25 coopératives ou filiales de coopératives (engrais, semences…). C’est une réponse à des acteurs comme Amazon ou ManoMano, qui tentent de vendre en direct aux agriculteurs. « Aladin.farm a réalisé 70 millions d’euros de chiffre d’affaires à fin janvier. Notre objectif est de 100 millions pour l’année en cours » , déclare Stéphane Marcel, le directeur de la stratégie digitale d’InVivo. L’appli Farmi et ses 13.000 utilisateurs réguliers devrait accélérer ce développement.
InVivo a aussi des ambitions dans le vin. Bâtie à coups d’acquisitions de négociants (Baarsma, Cordier Mestrezat), cette activité génère un chiffre d’affaires de 420 millions d’euros (exercice sur quinze mois clos au 30 septembre 2020). « Notre projet, c’est de valoriser le production française, principalement à l’international, et regagner des parts de marché face aux autres producteurs mondiaux » , explique Philippe Leveau, directeur général délégué de Cordier by InVivo. Le groupe ne craint pas de s’attaquer à des acteurs comme Castel, Grands Chais de France ou AdVini,
Construire dans le vin une offre lisible à l’étranger
Présent dans le Beaujolais, le Bordelais et surtout le Languedoc, Cordier by InVivo s’appuie sur neuf caves coopératives partenaires représentant 28.000 hectares et 3.900 vignerons, en plus de ses achats de négociant. L’objectif d’InVivo, c’est de trouver de nouveaux débouchés en rompant avec une approche basée sur les terroirs. L’idée est de construire une offre « lisible » à l’étranger, comme le fait l’américain Gallo, le premier producteur de vin de la planète. Une stratégie mise en oeuvre avec « Café de Paris », une marque sans attaches locales, rachetée àPernod Ricard, pour laquelle Cordier By InVivo a créé 14 nouvelles références.
La filiale s’inspire d’autres secteurs. Un tiers des équipes marketing vient de la bière. « La stratégie est pertinente mais leur approvisionnement coopératif induit des coûts unitaires élevés et les marques fortes restent à construire » , juge Jean-Marie Cardebat, professeur à l’université de Bordeaux et directeur de la chaire Vin et Spiritueux de l’Inseec.
InVivo, leader de la jardinerie
Déjà présent via Gamm Vert et Delbart, InVivo a aussi mis les bouchées doubles dans la jardinerie avec le rachat de Jardiland en 2017. L’ensemble réalise un chiffre d’affaires de 1,4 milliards d’euros (exercice sur quinze mois clos au 30 septembre 2020) et s’avère de loin le premier acteur français, loin devant Truffaut. En 2014, le groupe s’essaye à la distribution alimentaire avec la création de Frais d’ici, des magasins proposant une offre à 80% régionale. À l’époque, InVivo visait 150 à 200 magasins d’ici à 2025; aujourd’hui, le groupe en possède neuf et entend adosser les prochains aux jardineries.
En 2017, InVivo crée aussi la marque « So France » avec l’idée de copier Eataly, puis rachète l’enseigne Bio&Co fin 2018. La même année, le groupe s’associe à Swiss Re et se lance dans l’assurance récolte avec Bioline Insurance, rebaptisée Atekka en septembre.
À la fois visionnaire et bon communicant, Thierry Blandinières a une idée par jour. Les projets foisonnent, mais l’intendance ne suit pas toujours. Lancé en 2017 et censé faire émerger de nouveaux business models numériques, le pôle Food & Tech a fermé en 2020. Et Cordier By InVivo cible désormais 500 millions de revenus en 2025 contre 1 milliard initialement.
Soufflet apporte une taille critique dans le négoce, des opportunités en malterie mais impose aussi l’apprentissage de métiers très difficiles comme la meunerie et la boulangerie-viennoiserie-pâtisserie industrielle (BVP). Au bord du dépôt de bilan et racheté en 2014 par Soufflet, Neuhauser a encore perdu une trentaine de millions d’euros sur l’exercice 2019-2020 selon nos informations. Soufflet est un poids-lourd dans la meunerie. « Nous sommes ledeuxième acteur du marché français, avec près de 20% des capacités d’écrasement » , explique Olivier Clyti, directeur des opérations groupe chez Soufflet. Mais le marché intérieur est mature et les exportations n’ont cessé de se réduire depuis trente ans.
À la suite du rachat, InVivo travaille avec McKinsey sur un plan d’action global, qui sera lancé le 1er juillet prochain, après six mois d’échanges et d’analyses. Une première décision a été prise en décembre avec la cession de Soufflet Alimentaire (riz et légumes secs de marque Vivien Paille) à April. Une vente que Michel et Jean-Michel Soufflet apprendront lors du déjeuner post-closing. Un nouveau patron pour la filière blé (meunerie, BVP et ingrédients) aété nommé dès octobre. « Il a pour mission de regarder comment ajuster la voilure sur les métiers en difficulté, repositionner l’activité et booster le pôle ingrédients » , explique Thierry Blandinières.
Soufflet ne sera pas qu’un défi en termes d’exécution mais aussi de gouvernance. Parfois perçue comme un « organisme parisien », la « coop de coop » devra veiller à rester compréhensible pour les coopératives adhérentes et leurs agriculteurs sociétaires. InVivo est-elle encore une coopérative ? Depuis plus de dix ans, la question est régulièrement posée aux dirigeants. Elle va prendre de l’ampleur avec Soufflet.
La mission de base d’une coopérative, c’est de valoriser la production des adhérents. Pour cela, elle peut faire appel àdes capitaux extérieurs pour construire des outils industriels et s’assurer des débouchées. Comme par exemple des malteries pour l’orge. Mais c’est un équilibre délicat. « Il y a toujours une crainte que l’outil coopératif soit détourné pour rémunérer les actionnaires des filiales, au détriment des associés coopérateurs » , signale Alessandra Kirsch, directrice des études du think-tank Agriculture Stratégies. Conserver la confiance sera indispensable pour qu’InVivopuisse jouer son rôle de moteur de la transition agricole, alors que les dernières générations d’agriculteurs participent de moins en moins aux AG. Bon communicant, Thierry Blandinières va devoir exercer ses talents auprès de la profession.
Par Emmanuel Grasland

Après avoir dévoré le bio, la grande distribution veut faire main basse sur la vente en vrac
Les enseignes bio, à l’avant-garde sur le vrac, pourraient bientôt se faire distancer par la grande distribution. Cette dernière investit de plus en plus dans ce marché, qui pèse désormais 1,2 milliard d’euros. Elle mise notamment sur l’innovation et un parcours client sans embûche pour répondre à une demande de fond des consommateurs dans la réduction des emballages.
Il ne représente aujourd’hui que 0,5 % du marché de l’alimentation mais le vrac ne cesse de se démocratiser. Selon une étude du cabinet Kantar publié en avril, près de la moitié des foyers français ont acheté en vrac au cours des douze derniers mois. Surtout, ce marché aurait atteint 1,2 milliard d’euros en 2019, selon Réseau Vrac. “La tendance de l’achat en vrac s’inscrit dans un mouvement de fond de consommation plus responsable. Nul doute que le potentiel est considérable”, note Catherine Urvoy, experte consommateurs chez Nielsen.
Et la grande distribution ne veut pas passer à côté de cette manne. “Elle n’a plus le choix, elle doit s’y mettre si elle veut répondre aux attentes des consommateurs”, croit Célia Rennesson, directrice de Réseau Vrac. L’institut d’analyse Nielsen a d’ailleurs évalué que 52 % des consommateurs de produits vracs achetaient le plus souvent dans des magasins spécialisés bio, comme La Vie Claire, Biocoop, Naturalia, juste devant les hypermarchés qui captent 49 % de la clientèle.
Le vrac n’est pas dans l’ADN de la grande distribution
“Il y a un enjeu écologique, certes, mais aussi économique”, estime Mathieu Riché, directeur RSE du groupe Casino. “Le vrac permet d’acheter la quantité exacte dont on a besoin. Cela a pour conséquence une réduction du gaspillage alimentaire et une meilleure gestion de son budget”, assure-t-il. Reste à la grande distribution de trouver les bonnes méthodes pour développer le vrac dans ses rayons car ce n’est pas son ADN, contrairement aux enseignes historiques du bio.
“Avec le vrac, on peut rencontrer quelques difficultés. Il faut par exemple créer des espaces dédiées, cela nécessite des investissements. Il y a aussi la question très importante de l’hygiène et du nettoyage des bacs qu’il ne faut pas sous-estimer”, avance Benoit Soury, directeur du Bio chez Carrefour. Le groupe vend désormais du vrac dans 85 % de ces points de vente, que ce soit des hypermarchés, des supermarchés ou des petites surfaces.
La grande distribution mise sur l’innovation
Mais c’est sur les innovations que la grande distribution compte miser. “Ce qui est nécessaire, c’est l’émergence de nouveaux acteurs qui proposent des concepts de vrac avec une expérience fluide et compréhensible”,explique Mathieu Riché. “Au XXe siècle, il y avait une volonté de consommer de manière facile, pratique, simple. Aujourd’hui, il y a une volonté de mieux consommer tout en essayant de ne pas retourner vers des contraintes de temps”, ajoute-t-il. Fini donc l’image poussiéreuse du vrac. Aujourd’hui, il se veut moderne grâce à des entreprises innovantes dans le domaine.
Jean Bouteille par exemple, s’est spécialisée dans le vrac liquide. L’entreprise propose des tireuses de vin, huile, lessive ou savon. Dans son magasin pilote à Paris, Franprix s’est par exemple associé à SolZero, une startup spécialiste de la réutilisation de contenants alimentaires ou encore bulk&Co et Qualivrac, des spécialistes du vrac.
Reste à la grande distribution de ne pas reproduire les erreurs qu’elle a commises sur le bio. Elle occupe désormais une place considérable dans le marché du bio mais est accusée de faire pression sur les prix et de ne pas respecter “l’esprit du bio”. Or, si “esprit du vrac” il existe dans l’imaginaire des consomm’acteurs, il comprend l’origine du produit et sa qualité. “Je pense qu’il y aura une segmentation comme dans le bio avec d’un côté le vrac des enseignes discount et de l’autre celui des enseignes spécialisées, plutôt de qualité et locale”, prévient Olivier Frey, consultant et spécialiste du secteur de l’alimentation.
Marina Fabre, @fabre_marina

Platform co-ops: ‘Something new is taking off’
Platform co-ops: ‘Something new is taking off’
Co-op researcher and economist Olivier Frey shares his impressions from the Open Co-op conference
Delegates at the Open Co-op Conference
By Olivier Frey
26 August 2018
Delegates gathered in London at the end of July for the Open 2018 conference on platform co-operatives, organised by the Open Co-op. Among them was co-op researcher Olivier Frey, who shares his thoughts with the News …
I have been working with co-operatives for almost 15 years – and I am convinced they are on the verge of a new era, thanks to digital.
Platform co-operatives symbolise this new generation of co-operatives that is going to lead the change and empower the co-operative movement as a whole. Having previously read Ours to Hack and to Own (OR Books, 2017) by Trebor Scholz and Nathan Schneider, I wanted to learn more about platform co-ops. So in July I attended the Open 2018 conference in London to better understand the hopes and challenges of this movement.
During two days, people gathered from all around the world to discuss about the future of platform co-operatives. How can blockchain enable Elinor Ostrom’s eight commons principles? How can we map the co-operative / solidarity economy? Is it time for a Co-op coin? How can the development of platform co-ops be financed? Can we build a co-operative cloud?
So what did I learn during those two days?
I learned about platform co-ops that already existed, such as Resonate, Stocksy and Savvy – but also that the platform co-op movement as a whole is still at an early stage.
I also discovered some interesting initiatives and tools that can help platform co-ops set up and grow. This included organisations such as Platform6, start.coop and incubator.coop, which help fund the creation of a new co-ops – as well as initiatives to allocate funds collaboratively and transparently like Cobudget, or help with decision-making like Loomio.
But to build and run a platform co-op you need to surround yourself with computer engineers and people from the tech world. Hopefully some of them at the conference discovered (and loved) the co-op model and will decide to work in the sector. There are also co-ops developing digital and data tools who seem more than happy to help the platform co-op movement. Co-operative Technologists, aka CoTech, for example, is a group of tech-based worker co-operatives that aims “to ensure that technology plays its part in creating a fairer world”.
If a platform coop wants to grow and succeed, it needs to build a strong community of users. But first it needs people from the tech world to build the project from the scratch.
In my opinion, one of the main objectives of the co-op movement (as a whole) remains to communicate more efficiently about the model, the values, what co-ops stand for… and about the fact that platform co-ops offer another vision of the future and promote exactly what the original Internet was set up for: decentralisation.
Another thing I noticed during the conference was that, even though I met representatives of Co-operatives UK and Co-operatives Europe, there were very few non-platform co-ops. So, as Nathan Schneider pointed out during the event, the question is: “Does the platform co-op movement belong to the same community as the traditional co-op movement or is it something new and different?”
Finally, what also surprised me was that there were a lot of American and English people. I don’t know if it is because it was held in July or because a trip to London is expensive, but I encountered very few French representatives. There were a couple of French co-ops such as Coopcycle, HappyDev and Ridygo, but no representative from Coop FR, the traditional French co-ops or the French academic world. Does this mean that the platform co-op movement is mainly an American and English movement? Or is it simply because there’s a language barrier? Or is it because the French co-op movement is lagging behind as far as digital is concerned?
I don’t have the answers to those questions, but if the platform co-op movement wants to be more effective and gather as many people and co-operatives as possible to actively collaborate, it must think about this cultural problem.
One thing I was happy to discover was that there are more tech co-ops than I had previously imagined. And I’m deeply convinced that these organisations should be cherished by the entire co-op movement. I am sure that digital is the key for the future development of coops, whether they are farmers’ co-ops, consumers’ co-ops, workers’ co-ops…
At Open 2018, I had the feeling that something new was starting to take off. Is London going to be the starting point of the era of the platform co-op movement, like Rochdale was for the wider co-op movement?
Maybe it is still too early to talk about the London Pioneers but still, it was exciting to encounter people who were not only talking about co-operatives, but who were actually working for their development, too.

