
AgriData n°11 Evolution de la production et de la commercialisation de miel en France et dans le monde (mise à jour 06/2023)
Cette semaine je vous propose quelques graphiques et cartes sur un produit symbole du petit déjeuner : le miel. Nous allons analyser l’évolution de la production et de la commercialisation de miel en France et dans le monde. Vous découvrirez ainsi quels sont les principaux pays producteurs et quelle est l’évolution de leur production, quelle est le niveau de la consommation dans les différents pays du monde, quels sont les principaux flux d’import/export.
NDLR : les cartes et les graphiques sont interactifs et il est donc par exemple possible de cliquer sur les pays et d’effectuer des recherches pays par pays, d’isoler un produit en particulier ou encore de choisir une année bien précise pour les graphiques…
Les données utilisées sont issues de FAO Stat, UN Comtrade ainsi que FranceAgriMer.
Graphique 11.1 Evolution de la production de miel chez les 20 premiers pays producteurs depuis 1961 (en tonnes)
Alors que les Etats-Unis ont été les leaders mondiaux de 1961 à 1978, la Chine est devenue le leader mondial incontesté depuis 1979.
Entre 1961 et 2021, la production de miel en Chine a été multiplié par 9,1. Mais la palme de la progression revient à la Turquie, dont la production de miel a été multipliée par 12 et qui est désormais le 2è plus gros producteur de miel au monde.
A l’inverse, la production de miel des Etats-Unis a été divisée par 2,2 sur la même période.
La production française a été multipliée par 2,5 sur la période, passant de 8 000 tonnes à 19 802 tonnes.
Graphique 11.2 Répartition de la production mondiale de miel en 1961 (en %)
En 1961, la production mondiale de miel était dominée par les Etats-Unis qui, avec 124 316 tonnes de miel, représentaient plus du quart de la production mondiale devant la Chine (11,86% de la production mondiale) et le Mexique (5,34% de la production mondiale). L’Amérique représentait ainsi 47,39% de la production mondiale en 1961, devant l’Asie (20,86%) et l’Europe (14,96%).
Avec 8 000 tonnes de miel produites, la France était le 13è producteur mondial et représentait 1,78% de la production mondiale en 1961.
Graphique 11.3 Répartition de la production mondiale de miel en 2018 (en %)
En 2018, avec 457 203 tonnes de miel produites, la Chine représentait à elle seule le quart de la production mondiale de miel, loin devant la Turquie (6,35% de la production mondiale) et l’Argentine (4,42% de la production mondiale).
Avec 17 489 tonnes, la France était le 27è producteur mondial et représentait 0,97% de la production mondiale en 2018.
NB : 2018 était la dernière année pour laquelle les statistiques des principaux pays étaient disponibles.
Graphique 11.4 La disponibilité alimentaire en miel par habitant en 2018 (en kilos)
NB : la consommation de miel par habitant n’est pas simple à calculer. En effet, les données disponibles reflètent la notion de disponibilité, ce qui signifie qu’il s’agit d’un volume de miel qui est mis en vente sur le marché pour chaque pays. En divisant ce volume par le nombre d’habitants d’un pays, nous obtenons un chiffre qui ne reflète pas totalement la consommation réelle de sucre dudit pays.
La disponibilité alimentaire en miel est la plus important en République Centrafricaine avec 3,34 kilos par an et par habitant, devant la Croatie (2,2 kilos par an et par habitant) et l’Uruguay (1,8 kilos par an et par habitant).
En France, elle est de 0,56 kilo de miel par habitant en 2018. Les 2/3 du miel consommé en France sont importées.
Graphique 11.5 Répartition des exportations de miel en volume en 2021 (en kg)
Premier producteur mondial de miel, la Chine en est également le premier exportateur avec 145 886 tonnes, devant l’Inde (70 514 tonnes) et l’Ukraine (61 167 tonnes).
Graphique 11.6 Répartition des exportations de miel en valeur en 2021 (en $)
La Nouvelle-Zélande est le premier exportateur mondial en valeur avec un montant de 327,5 millions de $, devant la Chine (260 millions de $) et l’Argentine (202,7 millions de $). La première place de la Nouvelle-Zélande s’explique par le fait qu’elle exporte principalement du miel de Manuka qui est le plus cher au monde.
Graphique 11.7 Origine des importations de miel par la France en 2021
Face à la baisse de production de miel en France ces dernières années, nous sommes contraints d’avoir recours à l’importation afin de satisfaire la demande. Chaque année, la France importe en moyenne 35 000 tonnes de miel.
En 2021, la majorité des importations de miel provenait de l’Union Européenne. Les principaux exportateurs de miel vers la France sont l’Espagne (7401 tonnes), l’Allemagne (4393 tonnes) et l’Ukraine (3474 tonnes).
Graphique 11.8 Nombre d’apiculteurs en France en 2021
La France comptait 70 847 apiculteurs en 2021 (contre 62 445 en 2019).
Les apiculteurs possédant moins de 50 ruches représentaient 91,9% des apiculteurs français en 2021.
Graphique 11.9 Production française de miel par catégorie en 2021 (en tonnes)
En 2021, la production française de miel s’élevait 19 802 tonnes, soit une baisse de 37,7% par rapport à l’année précédente, qui était une excellente année.
Bien qu’ils représentaient 91,9% du total en 2021, les apiculteurs ayant moins de 50 ruches n’ont produit que 23,4% de la production française de miel. A l’inverse, les apiculteurs ayant plus de 400 ruches ont produit 36,9% de la production française de miel.
Graphique 11.10 Production de miel par région en 2021 (en tonnes)
C’est en Occitanie que l’on a produit le plus de miel en 2021 (3681 tonnes) devant la Nouvelle-Aquitaine (3554 tonnes) et Provence-Alpes-Côte d’Azur (2778 tonnes).
Graphique 11.11 Circuit de commercialisation du miel en France par taille d’exploitation en 2019
Pour les apiculteurs qui ont moins de 400 ruches, la vente directe est de loin le circuit de commercialisation privilégié.
Envie d’en savoir plus sur un autre produit ou une autre filière? Retrouvez les autres Agridata ici.

Production mondiale de sucre : évolution, principaux pays et commerce | Agridata n°10
La production mondiale de sucre repose principalement sur deux cultures : la canne à sucre, cultivée dans les régions tropicales et subtropicales, et la betterave sucrière, davantage présente dans les zones tempérées. Depuis les années 1960, la croissance de la production s’est accompagnée d’une profonde transformation de la géographie du marché mondial du sucre.
Quels sont aujourd’hui les principaux pays producteurs et consommateurs de sucre ? Comment ont évolué les récoltes de canne à sucre et de betterave sucrière ? Quels pays dominent les exportations et les importations de sucre brut et raffiné ? À partir des données de FAOSTAT, de l’USDA et d’UN Comtrade, cet Agridata analyse l’évolution de la production, de la consommation et du commerce international du sucre.
Comment mesurer la production et le marché mondial du sucre ?
L’analyse du marché mondial du sucre nécessite de distinguer trois niveaux.
FAOSTAT mesure d’abord la production agricole de canne à sucre et de betterave sucrière. Les volumes correspondent au poids des plantes récoltées et non à la quantité de sucre obtenue après transformation. Une tonne de canne ou de betterave ne produit qu’une fraction de son poids sous forme de sucre.
Les données de l’USDA portent, quant à elles, sur le sucre centrifugé effectivement produit, exprimé en équivalent sucre brut. Elles permettent de comparer la production, la consommation, les échanges et les stocks au cours des différentes campagnes sucrières.
Enfin, UN Comtrade recense les échanges déclarés sous le code SH 1701, qui regroupe les sucres de canne ou de betterave et le saccharose chimiquement pur présentés sous forme solide. Ces données sont utilisées pour analyser la valeur du commerce, la distinction entre sucre brut et sucre raffiné et les principaux flux entre pays.
Les trois sources sont donc complémentaires : FAOSTAT décrit la géographie des matières premières agricoles, l’USDA mesure l’équilibre mondial du sucre et UN Comtrade permet d’observer l’organisation des échanges internationaux.
Comment la production mondiale de canne à sucre a-t-elle évolué depuis 1961 ?
La production mondiale de canne à sucre est passée de 448 millions de tonnes en 1961 à 1,93 milliard de tonnes en 2024. Elle a ainsi été multipliée par 4,3 en un peu plus de soixante ans.
Cette croissance n’a cependant pas été parfaitement régulière. Après avoir franchi le milliard de tonnes à la fin du XXe siècle, la production a fortement accéléré durant les années 2000, portée notamment par le développement de la filière brésilienne. Elle a atteint un record de 2,02 milliards de tonnes en 2023, avant de reculer de 4,2 % en 2024.
Une production toujours dominée par les Amériques et l’Asie
Les Amériques restent la première région productrice. Leur production est passée de 236 millions de tonnes en 1961 à près de 990 millions de tonnes en 2024. Leur part dans le total mondial est toutefois restée remarquablement stable, passant de 52,6 % à 51,2 %.
L’Asie a connu une progression encore plus rapide, de 173 à 816 millions de tonnes. Sa part mondiale est passée de 38,6 % à 42,2 %. Elle se rapproche donc progressivement des Amériques, sous l’effet de l’expansion observée en Inde, en Chine, au Pakistan et en Thaïlande.
L’Afrique produit environ 96 millions de tonnes de canne en 2024, contre 28 millions en 1961. Malgré cette progression, sa part mondiale est passée de 6,3 % à 5 %. L’Océanie représente environ 1,6 % de la production mondiale, principalement grâce à l’Australie.
Graphique 10.1 Évolution de la production mondiale de canne à sucre par continent, 1961-2024
Le Brésil a profondément transformé la hiérarchie mondiale
En 1961, l’Inde était le premier producteur mondial avec 110 millions de tonnes, devant le Brésil et Cuba, qui produisaient respectivement 59 et 56 millions de tonnes.
La hiérarchie est très différente en 2024. Le Brésil atteint 760 millions de tonnes, soit 39,3 % de la production mondiale. Sa production a été multipliée par près de 13 depuis 1961. Cette progression est liée au développement simultané du marché du sucre et de celui de l’éthanol produit à partir de canne.
L’Inde occupe la deuxième place avec 453 millions de tonnes, soit 23,4 % du total. À eux seuls, le Brésil et l’Inde concentrent donc près de 63 % de la production mondiale.
La Chine arrive loin derrière avec 102 millions de tonnes, devant le Pakistan et la Thaïlande, autour de 84 et 82 millions de tonnes. La montée en puissance de la Thaïlande est particulièrement notable : sa production a été multipliée par plus de 40 depuis 1961.
À l’inverse, Cuba a connu un recul spectaculaire. Après avoir produit près de 81 millions de tonnes à la fin des années 1980, le pays n’en produit plus qu’environ 9 millions en 2024. Cette évolution illustre le déplacement du centre de gravité de la filière mondiale vers le Brésil et les grandes économies sucrières asiatiques.
Graphique 10.2 Évolution de la production de canne à sucre par pays, 1961-2024
Comment la production mondiale de betterave sucrière a-t-elle évolué ?
La production mondiale de betterave sucrière est passée de 161 millions de tonnes en 1961 à 294 millions de tonnes en 2024, soit une progression de 83 %. Sa croissance est donc nettement moins rapide que celle de la canne à sucre.
La production de betterave a atteint un sommet de 314 millions de tonnes en 1989. Le niveau de 2024 reste inférieur d’environ 7 % à ce record. Contrairement à la canne, la betterave n’a donc pas suivi une trajectoire de croissance continue.
L’Europe reste dominante, mais son poids relatif diminue
L’Europe demeure le principal bassin betteravier mondial avec 197 millions de tonnes en 2024, soit 67,2 % du total. Elle représentait néanmoins 85,2 % de la production mondiale en 1961. Son poids relatif a donc diminué de 18 points.
Cette évolution s’explique moins par un effondrement de la production européenne que par l’apparition de nouveaux bassins de production. L’Asie est passée de 6 à près de 47 millions de tonnes, ce qui porte sa part mondiale de 3,8 % à 16 %. La Turquie, la Chine et l’Iran participent notamment à cette progression.
L’Afrique produit désormais un peu plus de 15 millions de tonnes, principalement en Égypte. Sa part mondiale dépasse 5 %, alors qu’elle était presque inexistante au début des années 1960.
Les Amériques représentent environ 12 % du total mondial, une proportion relativement stable sur longue période.
Graphique 10.3 Évolution de la production mondiale de betterave sucrière par continent, 1961-2024
La Russie, l’Allemagne et la France dominent la production betteravière
La comparaison sur longue période doit tenir compte de la disparition de l’Union soviétique. En 1961, l’URSS produisait près de 51 millions de tonnes de betteraves, devant les États-Unis, l’Allemagne, la France et la Pologne.
En 2024, la Russie occupe la première place avec 46,7 millions de tonnes, soit 15,9 % du total mondial. Elle devance l’Allemagne avec 36,7 millions de tonnes, la France avec 32,6 millions et les États-Unis avec 32 millions.
Ces quatre pays représentent ensemble environ 58 % de la production mondiale de betteraves. La France conserve donc une place centrale dans cette filière, avec 11,1 % du total mondial.
La Turquie et la Pologne complètent le groupe de tête. L’Égypte constitue l’une des évolutions les plus marquantes : sa production atteint près de 14 millions de tonnes en 2024, contre des volumes encore marginaux dans les années 1960.
À l’inverse, la production italienne est passée de 7,1 millions de tonnes en 1961 à environ 1,5 million en 2024, témoignant de la contraction de certains bassins betteraviers européens.
Graphique 10.4 Évolution de la production de betterave sucrière par pays, 1961-2024
Comment la production mondiale de sucre a-t-elle évolué ?
La production mondiale de sucre centrifugé est passée de 53,3 millions de tonnes lors de la campagne 1960/61 à 180,3 millions de tonnes en 2024/25. Elle a donc été multipliée par 3,4.
Dans le même temps, la consommation humaine est passée de 47,5 à 175,4 millions de tonnes. Sa progression, proche de 270 %, a été légèrement plus rapide que celle de la production.
La croissance du marché mondial repose principalement sur le sucre de canne. Sa production a été multipliée par 4,6 depuis 1960/61, contre 1,8 pour le sucre de betterave. La part du sucre de canne dans la production mondiale est ainsi passée de 56,3 % à 77,1 %. Le sucre de betterave ne représente plus que 22,9 % du total.
La production mondiale a culminé à 194,2 millions de tonnes en 2017/18. Depuis, elle fluctue autour de 180 millions de tonnes sous l’effet des conditions climatiques, des arbitrages entre sucre et éthanol au Brésil et des variations de production en Inde, en Thaïlande et dans l’Union européenne.
Pour 2025/26, l’USDA estime la production à 186,1 millions de tonnes. Elle pourrait revenir à 184,9 millions de tonnes en 2026/27. Ces deux dernières campagnes doivent être présentées comme des estimations ou des prévisions et non comme des résultats définitifs.
Graphique 10.5 Production et consommation mondiales de sucre, campagnes 1960/61 à 2026/27
Graphique 10.6 Production mondiale de sucre de canne et de sucre de betterave, campagnes 1960/61 à 2026/27
Quels sont les principaux pays producteurs de sucre ?
La hiérarchie mondiale s’est profondément transformée depuis les années 1960. Lors de la campagne 1960/61, Cuba occupait la première place avec 6,8 millions de tonnes de sucre, devant l’Union européenne, l’URSS, les États-Unis, le Brésil et l’Inde.
En 2024/25, le Brésil domine très largement le classement avec 43,7 millions de tonnes, soit 24,2 % de la production mondiale. L’Inde occupe la deuxième place avec 28 millions de tonnes et 15,5 % du total. Ces deux pays produisent près de 40 % du sucre mondial.
L’Union européenne arrive en troisième position avec 16,3 millions de tonnes, presque entièrement issues de la betterave. Elle devance la Chine, avec 11,2 millions de tonnes, et la Thaïlande, avec 10,2 millions.
Les cinq premiers producteurs concentrent environ 61 % de la production mondiale et les dix premiers plus de 77 %. La production est donc relativement concentrée.
Les profils nationaux restent cependant très différents. Le Brésil, l’Inde et la Thaïlande produisent presque exclusivement du sucre de canne. L’Union européenne et la Russie reposent principalement sur la betterave. Les États-Unis combinent les deux matières premières, avec une production légèrement majoritaire de sucre de betterave.
La trajectoire de Cuba est à nouveau remarquable : premier producteur mondial en 1960/61, le pays ne produit plus qu’environ 100 000 tonnes selon les données USDA pour 2024/25.
Graphique 10.7 Évolution de la production de sucre par pays, 1960/61-2026/27
Graphique 10.8 Principaux producteurs mondiaux de sucre en 2024/25
Quels sont les principaux pays consommateurs de sucre ?
La consommation mondiale est plus dispersée que la production. Les cinq premiers marchés représentent environ 46 % de la consommation, contre 61 % de la production pour les cinq premiers producteurs.
L’Inde constitue le premier marché mondial avec 29,1 millions de tonnes en 2024/25, soit 16,6 % du total. L’Union européenne arrive en deuxième position avec 15,8 millions de tonnes, juste devant la Chine avec 15,4 millions.
Les États-Unis consomment 11,2 millions de tonnes et le Brésil 9 millions. L’Indonésie, le Pakistan et la Russie constituent également des marchés importants, avec des consommations comprises entre 6 et 7 millions de tonnes.
Les situations d’approvisionnement sont très différentes. Le Brésil produit près de cinq fois plus de sucre qu’il n’en consomme et dégage un excédent exportable considérable. La Chine, les États-Unis et l’Indonésie consomment en revanche davantage qu’ils ne produisent et figurent parmi les principaux importateurs mondiaux.
L’Inde occupe une position plus fluctuante. Son niveau de production dépend fortement des conditions climatiques et des politiques publiques, ce qui peut la faire passer d’une situation excédentaire à une situation plus tendue selon les campagnes.
Ces comparaisons doivent rester prudentes : les variations de stocks, les différences de calendrier et les conversions en équivalent sucre brut empêchent de déduire mécaniquement les importations de la seule différence entre production et consommation.
Graphique 10.9 Principaux pays consommateurs de sucre en 2024/25
Quels pays dominent les exportations et les importations de sucre ?
En volume, les exportations mondiales atteignent près de 64,8 millions de tonnes en 2024/25 selon l’USDA. Le marché est extrêmement concentré du côté des exportateurs.
Le Brésil exporte à lui seul 34,9 millions de tonnes, soit 53,8 % du total mondial. La Thaïlande arrive en deuxième position avec 5,7 millions de tonnes, devant l’Inde avec 3,8 millions, l’Australie avec 2,6 millions et l’Union européenne avec 2,1 millions.
Les cinq premiers exportateurs représentent près de 76 % des volumes mondiaux. Le marché dépend donc fortement de la récolte brésilienne et des arbitrages effectués par les industriels brésiliens entre production de sucre et production d’éthanol.
Les profils d’exportation diffèrent également. Le Brésil et l’Australie exportent majoritairement du sucre brut. L’Union européenne, l’Arabie saoudite, le Maroc, l’Ukraine et la Russie exportent surtout du sucre raffiné. La Thaïlande et l’Inde occupent une position intermédiaire.
Graphique 10.10 Principaux exportateurs mondiaux de sucre en volume en 2024/25
Les importations sont beaucoup plus fragmentées. L’Indonésie est le premier importateur avec 4,8 millions de tonnes, devant la Chine avec 4,6 millions et les États-Unis avec 3,1 millions.
L’Inde, les Émirats arabes unis, la Malaisie, l’Arabie saoudite, l’Algérie, le Maroc et le Bangladesh figurent également parmi les principaux acheteurs. Les dix premiers importateurs ne représentent qu’environ 49 % du total mondial.
Cette dispersion reflète la diversité des débouchés : consommation intérieure, alimentation de raffineries, constitution de stocks ou réexportation de sucre transformé.
Graphique 10.11 Principaux importateurs mondiaux de sucre en volume en 2024/25
Que révèle la valeur du commerce mondial du sucre en 2024 ?
Selon UN Comtrade, les exportations déclarées de sucre relevant du code SH 1701 atteignent 37,6 milliards de dollars en 2024. Le Brésil représente à lui seul 18,6 milliards de dollars, soit 49,5 % du total.
La Thaïlande et l’Inde arrivent ensuite avec respectivement 2,4 et 2,2 milliards de dollars. La France occupe la quatrième place avec 1,6 milliard de dollars, devant l’Allemagne avec 1,2 milliard.
Ce classement en valeur ne reflète pas seulement la production agricole. Il met également en évidence le rôle des pays spécialisés dans le raffinage, la transformation et les échanges régionaux. La France, l’Allemagne, la Pologne, les Pays-Bas et la Belgique occupent ainsi une place plus importante en valeur qu’en production de canne ou de sucre brut.
Graphique 10.12 Principaux exportateurs de sucre en valeur en 2024
Les importations déclarées atteignent environ 34,5 milliards de dollars. L’Indonésie arrive en tête avec 3 milliards de dollars, devant les États-Unis avec 2,7 milliards, la Chine avec 2,4 milliards et l’Inde avec 1,8 milliard.
Le Maroc, la Malaisie, l’Arabie saoudite, l’Italie et l’Algérie figurent également parmi les principaux marchés. La concentration est beaucoup plus faible qu’à l’exportation : les cinq premiers importateurs ne représentent qu’environ un tiers de la valeur mondiale.
L’écart entre la valeur totale des exportations et celle des importations ne constitue pas une anomalie. Les exportations sont généralement déclarées en valeur FOB, tandis que les importations sont souvent enregistrées en valeur CIF, et les calendriers, réexportations et déclarations incomplètes créent également des différences.
Graphique 10.13 Principaux importateurs de sucre en valeur en 2024
Quelle place occupent le sucre brut et le sucre raffiné dans le commerce mondial ?
Le sucre brut représente environ 53,4 % de la valeur des exportations recensées, contre 46,6 % pour le sucre raffiné et les autres sucres du code SH 1701.
Du côté des importations, le sucre brut atteint environ 60,9 % de la valeur totale. Cette proportion plus élevée s’explique par l’importance des pays qui importent du sucre brut pour l’affiner localement avant consommation ou réexportation.
Le Brésil domine très largement les exportations de sucre brut avec 15,9 milliards de dollars, soit près de 80 % de la valeur mondiale recensée pour cette catégorie. Aucun autre pays n’approche ce niveau.
Le commerce du sucre raffiné est beaucoup moins concentré. Le Brésil reste en tête avec 2,7 milliards de dollars, mais il est suivi par l’Inde, la France, la Thaïlande et l’Allemagne. Ces cinq pays représentent environ la moitié des exportations mondiales de sucre raffiné en valeur.
La France se distingue particulièrement : sur ses 1,6 milliard de dollars d’exportations, environ 1,55 milliard correspond au sucre raffiné et aux autres sucres, soit plus de 96 % du total. Sa place dans le commerce mondial repose donc principalement sur la transformation et les échanges intra-européens.
Graphique 10.14 Exportations de sucre brut et raffiné par pays en 2024
Du côté des importations de sucre brut, l’Indonésie arrive en tête, devant la Chine, les États-Unis, l’Inde et le Maroc. Ces pays accueillent d’importantes capacités de raffinage ou doivent compléter une production nationale insuffisante.
Pour le sucre raffiné, l’Italie occupe la première place en valeur, devant les États-Unis, l’Espagne, le Mexique et la Belgique. Le marché est ici beaucoup plus fragmenté et largement alimenté par des échanges régionaux.
Graphique 10.15 Importations de sucre brut et raffiné par pays en 2024
Quels sont les grands flux du commerce mondial du sucre ?
Le graphique ci-dessous confirme le rôle central du Brésil dans l’approvisionnement mondial. Les principaux flux relient le Brésil à l’Indonésie, à l’Inde, à la Chine, aux Émirats arabes unis, à l’Algérie, à l’Égypte et au Maroc.
Les flux Brésil–Indonésie et Brésil–Inde dépassent chacun 1,6 milliard de dollars. Ils sont suivis par les exportations brésiliennes vers la Chine, évaluées à 1,4 milliard de dollars, et vers les Émirats arabes unis, à près de 1,2 milliard.
L’orientation géographique est très diversifiée : le sucre brésilien alimente simultanément l’Asie, le Moyen-Orient, l’Afrique, l’Amérique du Nord et certains marchés européens. Cette diversification réduit la dépendance du Brésil envers une destination particulière, tout en rendant le marché mondial très sensible à sa production.
La Thaïlande joue un rôle majeur dans les échanges asiatiques, notamment vers l’Indonésie et le Cambodge. L’Inde approvisionne davantage des marchés d’Afrique et du Moyen-Orient, comme la Libye, le Soudan, la Somalie, la Tanzanie ou Djibouti.
Les échanges européens sont principalement des flux de sucre raffiné. L’Allemagne exporte notamment vers l’Italie et la Belgique, tandis que la France approvisionne surtout l’Espagne, la Belgique et l’Italie. Ces trois destinations représentent près de 57 % de la valeur des exportations françaises recensées.
En Amérique du Nord, les échanges entre le Mexique et les États-Unis apparaissent dans les deux sens. Cela traduit la coexistence de flux de sucre brut, de sucre raffiné, de réexportations et de régimes commerciaux spécifiques.
Le graphique retient les 50 premiers flux en valeur, qui représentent environ 60 % de la valeur totale recensée. Il met donc en évidence les grandes routes commerciales sans prétendre représenter tous les échanges de moindre importance.
Graphique 10.16 Principaux flux mondiaux de sucre en valeur en 2024
Ce qu’il faut retenir
La production mondiale de sucre repose de plus en plus sur la canne, qui fournit désormais plus des trois quarts du sucre produit. Le Brésil et l’Inde dominent la production, mais seul le Brésil dispose d’un excédent exportable suffisamment important pour occuper une position véritablement centrale sur le marché mondial.
La betterave conserve néanmoins une place essentielle en Europe, en Russie, aux États-Unis et en Turquie. La France reste à la fois l’un des principaux producteurs mondiaux de betteraves et un acteur important du commerce de sucre raffiné.
Le commerce mondial est beaucoup plus concentré du côté des exportateurs que des importateurs. Le Brésil réalise plus de la moitié des exportations mondiales en volume et près de la moitié de leur valeur. Les importations sont, au contraire, réparties entre de nombreux marchés asiatiques, africains, européens et nord-américains.
Enfin, la géographie du commerce ne se confond pas avec celle de la production agricole. Certains pays produisent et exportent du sucre brut, tandis que d’autres importent, raffinent puis réexportent. Cette distinction explique notamment la place de la France, de l’Allemagne, des Pays-Bas, du Maroc ou de l’Arabie saoudite dans les classements commerciaux.
À propos de l’auteur
Je suis Olivier Frey, docteur en sciences économiques, consultant et économiste spécialisé dans l’agriculture et l’agroalimentaire.
J’accompagne les entreprises, les coopératives agricoles et les organisations professionnelles dans leurs réflexions stratégiques à travers des études économiques et sectorielles, des missions de conseil, des formations et des conférences.
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Pour aller plus loin
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- Panorama de l’agriculture dans l’Union européenne ;
- Production et commercialisation du café dans le monde ;
- Évolution de la production et de la commercialisation du cacao ;
- Évolution de la production et de la commercialisation du riz ;
- Production et consommation de tomates dans le monde ;
- Eat’s Business, ma newsletter consacrée à l’agriculture, à l’alimentation et au business agroalimentaire.
Questions fréquentes sur la production mondiale de sucre
Quel est le premier pays producteur de sucre au monde ?
Le Brésil est le premier producteur mondial de sucre. Sa production a atteint environ 43,7 millions de tonnes pendant la campagne 2024/25, soit un peu plus de 24 % de la production mondiale.
Quelle quantité de sucre est produite chaque année dans le monde ?
La production mondiale de sucre centrifugé a atteint environ 180,3 millions de tonnes en 2024/25. Elle s’élevait à seulement 53,3 millions de tonnes en 1960/61 et a donc été multipliée par près de 3,4.
Quels sont les principaux pays producteurs de sucre ?
En 2024/25, les principales zones productrices étaient le Brésil, l’Inde, l’Union européenne, la Chine et la Thaïlande. Elles étaient suivies par les États-Unis, la Russie, le Pakistan, le Mexique et l’Australie.
Les cinq premiers producteurs représentaient environ 61 % de la production mondiale.
Quelle est la différence entre la production de canne à sucre et la production de sucre ?
La production de canne à sucre correspond au poids de la plante récoltée. La production de sucre désigne la quantité de sucre obtenue après extraction et transformation.
En 2024, près de 1,93 milliard de tonnes de canne à sucre ont été récoltées dans le monde. Elles ont permis de produire une quantité de sucre très inférieure, car seule une partie du poids de la canne est transformée en sucre.
Les mêmes précautions s’appliquent à la betterave sucrière : les tonnes de betteraves récoltées ne doivent pas être additionnées aux tonnes de sucre produit.
Quelle part du sucre mondial provient de la canne à sucre ?
Le sucre de canne représente environ 77 % de la production mondiale de sucre en 2024/25, contre 56 % au début des années 1960. Le sucre de betterave fournit les 23 % restants.
Cette évolution montre que la croissance du marché mondial a été principalement portée par les grands pays producteurs de canne, notamment le Brésil, l’Inde, la Chine et la Thaïlande.
Quels pays produisent le plus de canne à sucre ?
Le Brésil est le premier producteur mondial de canne à sucre avec environ 760 millions de tonnes en 2024. Il devance l’Inde avec 453 millions de tonnes, puis la Chine, le Pakistan et la Thaïlande.
Le Brésil et l’Inde concentrent ensemble près de 63 % de la production mondiale de canne à sucre.
Quels pays produisent le plus de betteraves sucrières ?
En 2024, les principaux producteurs de betteraves sucrières étaient la Russie, l’Allemagne, la France et les États-Unis. Ils étaient suivis par la Turquie, la Pologne, l’Égypte, l’Ukraine et la Chine.
L’Europe représente encore environ les deux tiers de la production mondiale de betteraves sucrières.
Quels sont les principaux producteurs de sucre dans l’Union européenne ?
Selon les estimations de la Commission européenne, l’Union européenne a produit environ 16,6 millions de tonnes de sucre en 2024/25.
L’Allemagne arrive en tête avec environ 4,7 millions de tonnes, devant la France avec 4,5 millions et la Pologne avec 2,6 millions. Ces trois pays concentrent plus de 71 % de la production européenne.
Quel pays consomme le plus de sucre ?
L’Inde est le premier marché mondial avec une consommation intérieure d’environ 29,1 millions de tonnes en 2024/25. Elle devance l’Union européenne, la Chine, les États-Unis et le Brésil.
Ces chiffres correspondent à la consommation intérieure totale et non à la consommation par habitant.
L’Inde est le premier marché mondial avec une consommation intérieure d’environ 29,1 millions de tonnes en 2024/25. Elle devance l’Union européenne, la Chine, les États-Unis et le Brésil.
Ces chiffres correspondent à la consommation intérieure totale et non à la consommation par habitant.
Quel est le premier exportateur mondial de sucre ?
Le Brésil est de très loin le premier exportateur mondial. Ses exportations ont atteint environ 34,9 millions de tonnes en 2024/25, soit près de 54 % des volumes mondiaux recensés par l’USDA.
Il devance la Thaïlande, l’Inde, l’Australie et l’Union européenne.
Quel est le premier importateur mondial de sucre ?
En volume, l’Indonésie est le premier importateur mondial avec environ 4,8 millions de tonnes en 2024/25, devant la Chine et les États-Unis.
En valeur, les importations indonésiennes recensées par UN Comtrade ont atteint environ 3 milliards de dollars en 2024.
Quelle est la différence entre le sucre brut et le sucre raffiné ?
Le sucre brut est obtenu après la première extraction et conserve encore des impuretés et une partie de la mélasse. Il doit généralement être raffiné avant d’être utilisé dans de nombreux produits alimentaires.
Le sucre raffiné a subi des opérations supplémentaires de purification et de cristallisation. Il peut être directement destiné aux consommateurs ou aux industries agroalimentaires.
Quels pays exportent le plus de sucre raffiné ?
Le commerce du sucre raffiné est moins concentré que celui du sucre brut. En 2024, les principaux exportateurs en valeur étaient le Brésil, l’Inde, la France, la Thaïlande et l’Allemagne.
La France a exporté environ 1,55 milliard de dollars de sucre raffiné et d’autres sucres solides, soit plus de 96 % de la valeur totale de ses exportations relevant du code SH 1701.
Pourquoi les valeurs mondiales des exportations et des importations sont-elles différentes ?
Les exportations sont généralement déclarées en valeur FOB, c’est-à-dire au départ du pays exportateur. Les importations sont souvent enregistrées en valeur CIF, qui inclut le coût du transport et de l’assurance jusqu’au pays importateur.
Des différences de calendrier, de déclaration, de couverture statistique et de traitement des réexportations peuvent également expliquer les écarts entre les deux totaux.

